Vie partisane : le phénomène «PAM»

Vie partisane : le phénomène «PAM»

Le 10 juin 2009, Kawtar Benhamou, une pharmacienne âgée de 34 ans, a occupé une large place dans la presse marocaine et internationale.  Un événement qui illustrait, entre autres, le phénomène «PAM» qui a marqué l’année 2009. Il s’agit de la candidate du Parti Authenticité et Modernité (PAM) qui a remporté les élections communales du 12 juin à Bouknadel. Des photos de l’AFP montrant la jeune femme conduisant un tracteur, symbole du PAM, ont été publiées par plusieurs organes de presse et ont circulé sur le Net, surtout dans les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter.
En effet, les photos de la pharmacienne ont propulsé d’un seul coup le PAM comme une formation qui rompt avec les méthodes classiques et obsolètes des campagnes électorales auxquelles le Maroc était habitué. Le cas de la candidate de Bouknadel a suscité une large polémique comme d’ailleurs le parti sous les couleurs duquel elle s’est présentée aux élections. Kaoutar Benhamou a dû répondre, par presse interposée, à toutes ces critiques qui portaient sur son décolleté en clamant haut et fort qu’elle n’a fait que porter une simple tenue d’été. Elle montrait à travers son action et ses propos que le Maroc avait réellement changé et que la femme marocaine était décidée plus que jamais à exercer sa liberté et son droit à s’exprimer. Un message que véhiculait son parti. En fait, depuis sa création, le PAM est au cœur du débat. En plus du fait que ce parti a réussi à remporter toutes les échéances électorales qui ont eu lieu au lendemain de sa création, les événements impliquant ce parti se sont succédé à commencer par le phénomène du nomadisme politique. En fait, plusieurs partis politiques qui ont vu leurs cadres quitter leurs partis pour rejoindre le PAM sont montés au créneau pour dénoncer la politique du PAM. Les partis politiques, incapables de retenir leurs troupes, faute de sructures solides et de discours moderne, ont appelé haut et fort à l’application de l’article 5 de la loi sur les partis politiques qui interdit la transhumance. Ils voulaient ainsi préserver par la loi ce qu’ils n’ont pas pu garder par l’action politique. L’affaire a ainsi pris une tournure judiciaire. Certaines formations politiques ont engagé des poursuites judiciaires contre les transhumants. C’est le cas du Front des forces démocratiques qui a obtenu, mercredi 17 juin, gain de cause auprès de la justice contre deux transhumants du parti qui ont rejoint le PAM. Ces derniers ont été condamnés à verser 500.000 DH chacun au FFD. Devant l’augmentation de la pression, le ministère de l’Intérieur a menacé les transhumants de remettre en cause leur éligibilité aux Communales. Le PAM a estimé à ce stade être visé par la démarche du département de Chakib Benmoussa d’où sa menace de se retirer de la majorité gouvernementale. Peu de temps après et malgré le fait que le ministère de l’Intérieur ait renoncé à l’application de l’article 5, le PAM a exécuté, vendredi 29 mai, sa menace du retrait. La démarche du PAM a mis en difficulté le gouvernement Abbas El Fassi qui a perdu sa majorité au sein de la Chambre des représentants avant de la récupérer en invitant le MP à rejoindre la coalition gouvernementale.  L’année 2009 a également été marquée par un duel passionné entre le PAM et le PJD. Pour les deux formations antagonistes tous les moyens sont bons pour se livrer à une bataille acharnée. Le PJD ne cesse de qualifier le PAM de «parti de l’administration qui altère la vie la politique». Le PAM estime, pour sa part, que son rival «tient un discours stérile basé sur la surenchère et essaye toujours de jouer le rôle de la victime». La tension entre les deux formations politiques a atteint son apogée au lendemain des élections communales. Le PAM a décidé à l’époque d’entamer des poursuites judiciaires contre les islamistes pour diffamation. «Qu’il le fasse!», avait réagi, sur un ton du défi, le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane. Mais, le PAM a fini par abandonner l’idée de poursuites judiciaires contre le PJD. Mais l’apaisement de la tension entre le PAM et le PJD n’est nullement à l’ordre du jour, selon des observateurs du champ politique marocain. Le duel PJD-PAM promet, ainsi, une année 2010 très animée. cela risque de réanimer  de sa léthargie un corps politique jusque-là inanimé. Le bras de fer entre le PAM et le ministère de l’Intérieur est l’un des points qui ont fait également polémique en 2009.
L’opération électorale à Marrakech marquée par l’élection, la déchéance et la confirmation de Fatima Zahra Mansouri au poste de la première maire dans l’histoire du Maroc a fait couler beaucoup d’encre et a fait sauter le wali de la ville.
Suite à la déchéance de Fatima Zahra Mansouri, le PAM a tiré à boulets rouges contre le wali de Marrakech, Mounir Chraïbi. Sous la pression du PAM, le département de l’Intérieur a dépêché une commission d’enquête à la ville. La commission a conclu à l’existence «de grands dysfonctionnements au niveau de l’organisation et de la coordination au sein des services administratifs de la wilaya», d’où le limogeage de Mounir Chraïbi le 21 juillet. Fatima Zahra Mansouri a, pour sa part, été confirmée à son poste par une décision de la Cour d’appel administrative du 10 septembre.  Après cet épisode, le PAM a encore dominé la scène politique avec son arrivée à la tête de la deuxième Chambre. Cheikh Biadillah a été élu, mardi 13 octobre, nouveau président de la deuxième Chambre succédant à Maâti Benkaddour du RNI.  Depuis cette date, la présidence de la Chambre des conseillers a basculé dans l’opposition. Le PAM conforte donc sa position dans le champ politique national. Deux ans seulement nous séparent des élections législatives prévues en 2012. Le PAM continuera à créer l’événement politique au Maroc. Selon des observateurs avertis ce parti «finit toujours par obtenir ce qu’il veut».

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