Vols de la CIA : des Etats de l’UE complices des USA, accuse Amnesty

Dans son dernier rapport, intitulé "Complices de crimes : le rôle de l’Europe dans le programme américain de transfèrement de prisonniers", l’organisation de défense des droits de l’Homme vise également la Macédoine, la Bosnie-Herzégovine et la Turquie.
"L’Europe se présente souvent comme un phare pour les droits de l’Homme, mais la vérité gênante reste que sans l’aide de l’Europe, certains hommes ne seraient pas actuellement en train de souffrir de blessures et de torture dans des cellules à travers le monde", a asséné Claudio Cordone, directeur principal de recherche pour Amnesty International.
"Les Etats européens ne peuvent cacher leur complicité avec le programme +Extraordinary rendition+ des Etats-Unis derrière le secret de leurs services de renseignement", a insisté M. Cordone, accusant certains Etats d’avoir eux-mêmes "livré des prisonniers à la CIA".
Dans son rapport, Amnesty étaye ses accusations via six exemples de personnes suspectées de terrorisme arrêtées avec la complicité plus ou moins active de ces Etats européens et finalement transférés dans le plus grand secret vers des prisons américaines à Guantanamo, à Kaboul et à Bagram en Afghanistan, ou en Egypte, ou vers des cellules syriennes et
égyptiennes.
Amnesty cite ainsi l’exemple de Ahmed Agiza et Mohammed El Zari, deux ressortissants égyptiens arrêtés par les autorités suédoises le 18 décembre 2001 et transférés à la CIA pour être remis à la justice militaire égyptienne.
L’Italie, via un carabinier, aurait également participé directement à l’arrestation d’un suspect ensuite transféré dans une prison de la CIA en Egypte. Quant à l’Allemagne et au Royaume-Uni, ils auraient largement aidé à l’arrestation de deux hommes, respectivement interpellés au Maroc et en Macédoine et ensuite emprisonnés en Syrie et en Afghanistan.
Dick Oosting, directeur du bureau d’Amnesty pour l’Union européenne, estime que "le manque de réponse sensée de la part de l’UE, excepté son parlement, pose un sérieux problème, non seulement pour la crédibilité de l’UE, mais surtout au final pour l’efficacité de la lutte anti-terroriste elle-même".
Dans un rapport le 12 juin, le député socialiste européen Claudio Fava a jugé "invraisemblable" que certains gouvernements européens "n’aient pas eu connaissance des activités liées aux transfèrements extraordinaires de prisonniers sur leur territoire".
Ce rapport sera soumis en juillet au vote du parlement européen en séance plénière.
Une semaine plus tôt, le parlementaire suisse Dick Marty, pour le compte de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), avait épinglé 14 pays européens pour leur implication dans les vols secrets de la CIA et, dans le cas de la Pologne et de la Roumanie, pour avoir sans doute abrité des centres de détention clandestins pour des islamistes soupçonnés
de terrorisme.
Ces deux pays avaient aussitôt réfuté les accusations, tout comme la plupart des pays mis en cause.
Le sujet de la complicité supposée de certains Etats membres de l’Union européenne dans le programme "Extraordinary rendition" de la CIA doit être abordé jeudi à Bruxelles, lors du sommet européen de l’UE censé clôturer la présidence autrichienne, insiste Amnesty dans son rapport.

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