Youssef Belal : «Le défi du Maroc est d’instaurer une régionalisation démocratique»

ALM: La concrétisation du chantier de la régionalisation est lancée à travers la mise en place de la CCR. A quoi servira ce système de régionalisation avancée ?
Youssef Belal : En fait, il y a aujourd’hui quatre exigences qui expliquent la nécessité de mettre en place une régionalisation avancée. La première exigence est celle de la démocratisation du Maroc. En effet, la démocratisation ne se fait pas uniquement au niveau du centre, sachant qu’il reste des choses à faire sur ce point au Maroc, mais également au niveau des périphéries. La démocratisation se fait au niveau de la proximité par rapport au citoyen.
La deuxième exigence se rapporte à l’efficacité de l’action publique. A chaque fois que la décision est prise au niveau du centre, il y a un problème qui se pose concernant sa mise en œuvre au niveau local. Ainsi si on accorde plus de pouvoirs de décisions aux élus locaux, on n’aura plus ce problème. La troisième exigence qui se pose dans ce cadre, c’est la question du Sahara. En plus des engagements du Royaume vis-à-vis de la Communauté internationale, le Maroc a également des engagements sur le plan interne. Ainsi, pour rallier les Sahraouis qui revendiquent une autonomie particulière, la régionalisation avancée pourrait servir de solution au conflit. La dernière exigence c’est qu’aujourd’hui, le Maroc entretient une série de réformes, suivant son agenda politique, et l’instauration de la régionalisation s’inscrit dans ce cadre.

Que dites-vous des mécanismes de mise en œuvre de la régionalisation avancée?
En fait, il y a deux types de systèmes de régionalisation, une régionalisation a minima et une régionalisation a maxima. Si on débouchera sur le premier modèle, on sera dans le stade d’une petite réforme qui ne va pas très loin. Mais si on met en place un système de régionalisation a maxima, nous aurons des élus qui auront des prérogatives très élargies. C’est le cas, par exemple de l’Espagne qui est allée loin dans son système de régionalisation en accordant une large autonomie aux régions. Ceci d’une part, et d’autre part, on doit se poser la question de savoir si le Maroc va établir un système de régionalisation homogène ou pas. Cela revient à se demander si toutes les régions auront le même degré d’autonomie par rapport au centre ou bien certaines régions bénéficieront d’un statut avancé. Il faut noter qu’en Espagne, par exemple, le degré d’autonomie diffère d’une région à l’autre selon les revendications des populations.

Quel est, à votre avis, le principal défi auquel est confronté le Maroc dans ce chantier?
Le plus important défi est que les élus locaux doivent bénéficier de prérogatives plus importantes et plus élargies. Le défi du Maroc est celui d’instaurer une régionalisation démocratique qui renforce les prérogatives des élus. Ainsi, si on se limite à la réforme des structures administratives, on n’aura pas fait grand-chose. On doit se poser la question de savoir qu’est-ce qu’on veut de la régionalisation.
La réflexion qui sera menée par la Commission consultative de la régionalisation doit être accompagnée d’un débat public avec les syndicats, les partis politiques et la société civile sur les enjeux politiques de la mise en place du système de la régionalisation.

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