Youssoufi : La conscience tranquille

Aujourd’hui Le Maroc : Votre mandat de Premier ministre tire à sa fin. Quel sentiment éprouvez-vous ?
Abderrahmane Youssoufi : Il y a à coup sûr une grande différence entre le sentiment qui était le mien le jour de ma nomination et ce que je ressens aujourd’hui après cinq années d’exercice de pouvoir. Autant j’étais angoissé au début compte tenu de la situation difficile du pays qu’il s’agissait de redresser, autant je me sens maintenant soulagé de voir le chemin parcouru en termes de réformes et de projets réalisés dans nombre de domaines.
c’était une angoisse politique ou personnelle ?
Les deux à la fois. Car l’expérience que nous avions entreprise allait avoir des conséquences aussi bien sur le parti que sur le pays. Aujourd’hui, je suis conscient, tout compte fait, d’avoir bien traversé cette épreuve.
Avez-vous un regret quelconque ou un rêve qui n’a pas été réalisé durant votre mandat ?
J’aurais souhaité que la réforme de l’audiovisuel, qui a pris un peu de retard, soit concrétisée au terme de notre mandat. J’aurais aimé que ce dossier, dont les jalons furent posés il y a quelques semaines, soit ficelé car il est de nature à consolider le pluralisme et à favoriser la libéralisation du secteur des médias.
Qu’est-ce qui a vous a empêché de faire aboutir cette réforme dans les délais ?
C’est une réforme importante qui nécessite du temps et exige la persuasion à plusieurs niveaux. C’est ce qui explique le retard en question.
C’est donc un regret ?
Pas tout à fait, puisque cette réforme a été finalement mise en route.
Autre chantier capital s’il en est, le code du travail traîne toujours… Pourquoi ?
Je le regrette aussi d’autant plus que ce code que nous avons refait complètement a été soumis à la commission parlementaire concernée il y a deux ans. En fait, toutes les conditions étaient réunies pour le faire adopter à la deuxième chambre où nous avons la majorité.
Pourquoi n’avez-vous pas fait jouer la majorité pour faire passer ce texte ?
Ce dossier a connu particulièrement des abus de procédure. Il aurait fallu que les groupes de la majorité prennent leurs responsabilités et débattent le texte en commission. Cela ne s’est pas fait car les conseillers attendaient que leurs collègues du syndicat veuillent bien jouer le jeu.
Savez-vous que le code du travail vient en tête des reproches faits au gouvernement par les milieux d’affaires ?
Nous sommes conscients que ce texte est capital pour l’environnement économique national et pour rendre attrayante l’image du Maroc auprès des investisseurs potentiels. C’est regrettable que les partenaires concernés n’aient pas réalisé tout le bénéfice que pouvait tirer le pays en adoptant ce code.
Vous faites donc assumer la responsabilité aux partenaires sociaux ?
Je dirai qu’ils ont contribué au retard dans l’approbation de cette réforme. Mais ce n’est que partie remise.
Quelle est à votre avis la plus grande réalisation que vous avez accomplie ?
Incontestablement, l’assurance maladie obligatoire (AMO).
Cette réforme est, elle aussi, tardive…
Pas du tout. Ce que vous dites là est l’interprétation des observateurs. En fait, depuis que cette réforme fut annoncée dans la déclaration gouvernementale, nous n’avons cessé d’y travailler d’arrache-pied. Preuve, les deux ministres du premier gouvernement Youssoufi, Khalid Alioua et Abdelouahed El Fassi, ont planché sur ce dossier. Ce que les gens ne savaient pas peut-être c’est le temps et l’énergie que nécessite un tel chantier. Il fallait penser l’architecture de cette future réalisation, réunir les experts, coordonner les efforts et aplanir tous les problèmes. Ce n’était pas une mince affaire. Après l’adoption du projet en Conseil des ministres en mai dernier, nous l’avons soumis au Parlement.
Vos adversaires politiques ont accusé le gouvernement d’avoir adopté un texte, qui existait déjà, à quelques mois des élections du 27 septembre pour des raisons électoralistes. Que répondez-vous à cela ?
Ce n’est pas vrai. Le projet de l’AMO que nous avons présenté est un texte tout à fait nouveau. Et puis, ce n’était pas le seul texte à faire aboutir. Le gouvernement travaillait sur d’autres dossiers prioritaires : le Sahara, l’enseignement, le développement rural, la résorption du déficit social, la promotion de l’emploi…
L’USFP est-il aujourd’hui un parti en bonne santé ? Les conséquences du sixième congrès ne risquent-elles pas de rejaillir sur sa performance électorale ?
Je comprends les craintes des observateurs ainsi que les interprétations faites par les uns et les autres des incidents qui ont émaillé le dernier congrès du parti. L’USFP, malgré son importance et sa force, a eu une vie difficile. Il ne faut pas oublier qu’il a été longtemps dans l’opposition, ce qui lui a valu d’être victime de la répression. Résultat : l’organisation et la structure de l’USFP s’en sont ressenties. D’ailleurs, ces problèmes organisationnels figurent parmi les raisons qui ont conduit au report des assises du parti. Et quand notre parti fut appelé aux affaires, on a remarqué quelque chose de tout à fait ahurissant : au lieu que la formation du Premier ministre se mobilise dans son intégralité et considère son arrivée au pouvoir comme une victoire du parti, c’est le contraire qui s’est produit. C’est à ce moment-là que les problèmes se sont aggravés.
Comment expliquez-vous cette situation paradoxale ?
À mon avis, il convient de psychanalyser beaucoup de gens.
À votre avis, le 6ème congrès du parti a-t-il atteint ses objectifs ?
En effet. Nous tenions à convoquer le congrès pour justement débattre des problèmes du parti et tenter de les résoudre. Il faut noter que les problèmes liés à la ligne politique n’existaient pas lorsque nous nous sommes réunis en congrès. Même les personnes qui étaient au début hésitantes et réservées ont changé d’attitude grâce à notre ténacité et aux résultats obtenus par le gouvernement.
Grâce à nos années de lutte en tant que parti d’opposition, le pouvoir a évolué dans le sens de l’ouverture. C’est ce qui a permis ce rapprochement et cette confiance qui s’est manifestée par les réformes constitutionnelles et politiques et l’amnistie générale acceptées par le régime. Nous-mêmes, nous avons répondu à ces gestes par le vote de la révision constitutionnelle de 1996. C’est à partir de cette époque que les problèmes internes de l’USFP se sont accentués.
Finalement, l’USFP est divisé entre ceux qui ont acquis une culture de gouvernement et ceux qui sont restés recroquevillés sur les réflexes de l’opposition…
Absolument. Ces derniers, hélas, n’ont pas évolué.
Y a-t-il moyen de les convaincre?
Nous avons essayé. Vainement. Malgré cela, l’USFP, au-delà des apparences, est sorti de son sixième congrès plus fort qu’il ne l’était. Ce fut pour nous l’occasion de jeter de nouvelles bases organisationnelles. Nous avons fait les congrès régionaux, redynamisé la jeunesse Ittihadie et réorganisé le secteur de la femme. Aujourd’hui, je peux vous affirmer que l’USFP se porte bien. C’est un parti cohérent.
Si l’on comprend bien, le départ de Noubir Amaoui et la scission qu’il a organisée à l’intérieur de l’USFP ont contribué, selon vous, à la force du parti ?
Tout à fait. Car avant le sixième congrès, notre parti traînait des boulets.
Estimez-vous que vous pouvez à l’avenir compter sur une USFP qui soutiendra le gouvernement, dans l’hypothèse de la reconduction du parti aux affaires ?
Ah oui. Les résultats du 6ème congrès le montrent concrètement.
Vous êtes donc certain que vous aurez le relais que vous n’avez pas eu ?
Le relais qu’on n’a pas eu, on l’aura la prochaine fois. Ce qui démontre qu’il y a un certain mérite à faire la première expérience dans les conditions où elle a été faite.
Comment se porte selon vous la démocratie au Maroc ou ce que l’on appelle la transition démocratique ? Percevez-vous encore des résistances et des blocages ou bien le pays a pris véritablement la voie de la démocratie ?
Nul doute que le Maroc vit pleinement ses libertés. Dans la pratique, celles-ci dépassent parfois même la lettre des textes. Les Marocains sont aujourd’hui bien dans leur peau et les institutions du pays en garantissent l’exercice de ces droits au quotidien. La réforme du code de la procédure pénale est un pas important de plus qui n’est pas seulement un texte de réforme de la justice mais un dispositif cardinal pour protéger aussi bien l’individu que la société. Aussi les citoyens sont-ils conscients de disposer maintenant des conditions d’un procès juste et équitable. Ajoutez à cela la libéralisation du secteur audiovisuel et la consolidation de la liberté de la presse, cela fait des acquis non négligeables… En cela, le Maroc se distingue de beaucoup de pays.
Comment expliquez-vous que les Marocains ne créditent pas spécialement le gouvernement d’alternance de cette ouverture démocratique ?
Vous savez, lorsqu’on obtient quelque chose et qu’on le digère, c’est terminé. On pense à autre chose.
On reproche à votre gouvernement de n’avoir pas fait assez en matière de promotion de l’emploi et surtout de la résorption du chômage des jeunes. Était-il possible de faire mieux ?
Avec les moyens que nous avons eus et les circonstances que nous avons vécues, il était très difficile de faire mieux. Déjà, on oublie que ce gouvernement a hérité du problème du chômage, résultante des politiques des gouvernements précédents. Cela dit, nous avons réussi à faire baisser le taux de chômage qui n’est plus que de près de 12% de la population active. En plus, nous avons trouvé de l’emploi pour plus de 120.000 jeunes chômeurs chaque année. Mieux, le gouvernement a même pris une mesure exceptionnelle en créant 70.000 postes budgétaires. Le problème c’est la masse incroyable des demandeurs d’emplois au Maroc. Il est vrai qu’il faut encore être plus imaginatif pour offrir des perspectives d’embauche à tout le monde. Mais objectivement, on ne peut pas nous reprocher d’avoir négligé la question du chômage. Bien au contraire. Malgré la sécheresse et les chances dont notre gouvernement a été privé, l’emploi a été pour lui la priorité des priorités.
Ce que l’on peut reprocher à votre gouvernement c’est de ne pas avoir favorisé les conditions d’une croissance soutenue en favorisant l’investissement marocain…
Nous avons au contraire favorisé l’investissement national par les gestes qu’il fallait comme l’application de la formule des contrats-programmes pour le tourisme et le textile. La même stratégie est en cours de préparation pour les nouvelles technologies et la pêche. Il faudrait aussi que le nécessaire soit fait de l’autre côté.
Vous faites allusion au patronat.
Oui.
Qu’attendez-vous des opérateurs économiques marocains ?
Qu’ils aient davantage confiance dans leur pays. Il faut qu’ils investissent plus qu’ils ne le font maintenant.
Comment dépasser à votre avis cette crise de confiance qui sévit à plusieurs niveaux de la société marocaine ?
Les gens chez nous pensent qu’il vaut mieux garder son magot à l’abri et de ne pas prendre de risque. Avec de tels réflexes, on n’ira certainement pas loin. La frilosité du capital national est d’autant plus incompréhensible que rien dans notre pays n’incite à la méfiance. Le Maroc donne des garanties aux nationaux et aux étrangers. C’est tout de même curieux de constater que les investisseurs étrangers font plus confiance au Maroc que les nationaux. Cela montre que ce n’est pas le Maroc ou sa politique économique qui est en cause. Le problème est plutôt du côté de ceux qui n’ont pas confiance dans leur pays.
Le niveau élevé des taux d’intérêt intervient également comme frein à l’investissement. Qu’en pensez-vous ?
nous comptons sur le système bancaire pour aider les petites et moyennes entreprises pour qu’elles puissent prospérer. Le Maroc a vocation à développer son réseau des PME et à le consolider davantage. Car l’un des défis qui se posent à un pays comme le Maroc c’est de sortir de l’économie informelle.
…et accéder aussi aux sources de financement à des taux raisonnables…
Récemment, nous avons signé un accord avec la société financière internationale qui est disposée à nous donner un coup de main. Nous restons optimistes.
Vous avez conduit une coalition gouvernementale de 7 partis. Ce qui est en soi laborieux. Et pourtant cette coalition a bien fonctionné du début jusqu’à la fin. Elle a tenu miraculeusement…
Miraculeusement, c’est vous qui le dites.
Comment voyez-vous une majorité qui soit plus cohérente ?
Je sais que c’est un sujet passionnant pour des observateurs comme vous. Mais je ne voudrais pas me livrer à un exercice d’imagination. Reste que nous avons adopté un mode de scrutin nouveau qui va nous permettre de connaître pour la première fois la réalité des forces politiques en présence. Car jusqu’ici, le pays vivait sur des évaluations approximatives et des prétentions plus ou moins fondées. Sur ce point précis, les élections législatives du 27 septembre auront donc valeur de vérité pour tout le monde. Et le Maroc fonctionnera à partir de la vérité qui sortira des urnes et qui déterminera et la nouvelle carte politique et les combinaisons possibles.
Le leader de l’Istiqlal par exemple charge l’alternance consensuelle de tous les maux en disant qu’il ne faut pas reconduire une expérience pareille. Qu’en pensez-vous ?
Je laisse à Abbas El Fassi la responsabilité de ses propos.
On a l’impression que l’USFP se sent plus proche du RNI que de l’Istiqlal.
À quelle époque (rire) ?
Depuis que l’USFP travaille avec le RNI au sein du gouvernement.
J’estime que le gouvernement a fonctionné dans le cadre d’une alliance. Partant de là, j’ai traité l’ensemble des partenaires formant cette coalition sur un pied d’égalité.
Abbas El Fassi, lui, ne s’est pas privé de vous porter des critiques directes de l’intérieur du gouvernement auquel il a reproché sa mollesse et sa lenteur.
Je vous laisse le soin de juger vous-mêmes…
Notre jugement importe peu. C’est le vôtre qui nous intéresse…
D’accord. Je considère que j’ai accompli avec mes collègues l’engagement que nous avons souscrit devant le Parlement et devant Sa Majesté. Nous avons collaboré ensemble et réalisé un bilan commun. Cela dit, si pour des considérations électorales, telle ou telle personnalité politique donne une autre interprétation des choses, cela ne regarde qu’elle.
Le binôme USFP-Istiqlal est-il à votre avis toujours viable pour conduire une deuxième expérience gouvernementale ?
C’est une question prématurée qui n’a pas lieu d’être posée en ce moment. Comme je l’avais dit, c’est le scrutin du 27 septembre qui va déterminer la configuration du paysage politique.
Quelles sont pour l’USFP les alliances impossibles ?
Je n’ai pas à me livrer à cet exercice.
Que pensez-vous du PJD ?
Lorsque j’étais chargé de former le gouvernement en 1998, j’ai consulté le PJD auquel j’ai proposé de faire partie de la coalition. Après hésitation, ce parti a décidé de rester en dehors du gouvernement et de soutenir notre action au Parlement avec les partis de la majorité. Un soutien qui a duré deux ans. Prenant prétexte par la suite du statut de la femme et préjugeant de nos intentions sur ce dossier, les députés PJD ont basculé dans l’opposition où ils furent plus virulents que les autres. Il s’agit certainement là d’une stratégie pour préparer les élections.
Donc pour vous, le PJD est un parti comme les autres qui peut très bien être au gouvernement aux côtés de l’USFP ?
Je n’ai pas dit ça (rires)…
Quelle évaluation faîtes-vous a des criminels découverts lors du mois d’août dernier et où furent impliqués des éléments de la Salafia Jihadia ? Cette intrusion de la violence islamiste dans la société marocaine vous a-t-elle surpris ?
Malgré sa proximité de ce phénomène dangereux, le Maroc a donné la preuve éclatante de sa stabilité et de son calme. Ceci a une explication : la société marocaine est une société mûre et politisée. Malgré le débat parfois musclé qui avait opposé le pouvoir et l’opposition, le Maroc a bénéficié depuis son indépendance d’un pluralisme politique réel, d’un syndicalisme efficace, d’une presse forte et d’une société civile qui s’est développée progressivement. C’est ce qui a fait que le peuple marocain avait toujours des soupapes de sécurité et les moyens de s’exprimer et de se défendre. Il y avait bien sûr le match entre le pouvoir et l’opposition. Mais il s’est bien déroulé dans l’ensemble. C’est pour toutes ces raisons-là que le phénomène intégriste n’a pas trouvé de terreau favorable chez nous.
L’apparition brutale de ce phénomène ne signe-t-il pas la fin de l’exception marocaine ?
Je pense que la conjoncture internationale, notamment les événements au Moyen-Orient et en Palestine ainsi que les attentats du 11 septembre, a contribué à la radicalisation du phénomène islamiste. C’est ainsi qu’on a vu se produire au Maroc des faits divers sanglants avec des gangsters qui se sont fait passer pour des islamistes pour maquiller leurs méfaits.
Pour vous, les membres de la salafia Jihadia sont juste des gangsters et non des islamistes ?
Qu’est-ce que l’islam a à voir avec le gangstérisme. La grande carte du Maroc c’est sa stabilité. Le fait que nous ayons été agressés par des membres de cellules dormantes venues de l’étranger (NDLR, le réseau terroriste d’Al Quaïda démantelé récemment au Maroc) ou par certains gangsters qui ont trouvé des appuis chez certains acteurs politiques au Maroc, je trouve que cela est un jeu dangereux.
Vous faîtes allusion à quels acteurs politiques ?
Vous lisez les journaux comme moi. Ceci dit, ne dramatisons pas les choses. Ce qui s’est passé pendant cet été relève du fait divers.
Pour autant, peut-on continuer à dire que cela n’arrive qu’aux autres et que le Maroc est à l’abri de toute contagion intégriste ?
Je vous ai expliqué que s’il n’y avait pas l’intégrisme sioniste et les injustices infligées à nos frères un peu partout dans le monde, on n’en serait pas là aujourd’hui.
Est-ce que les problèmes économiques et sociaux n’interviennent pas à vos yeux dans la radicalisation du phénomène islamiste au Maroc ?
Étant donné que l’ancienne opposition a été appelée aux responsabilités et que la nouvelle opposition n’a pas été capable d’incarner et d’exprimer le mécontentement et les aspirations des couches défavorisées, il est parfaitement concevable que de nouvelles forces s’infiltrent dans la brèche.
Par ailleurs, nous ne nous sommes pas venus au gouvernement pour ignorer les problèmes économiques et sociaux. Bien au contraire. La situation du pays dans ces deux domaines était telle que nous avons accepté l’offre de gouverner et la main tendue de feu Hassan II pour essayer d’améliorer les conditions des Marocains. Et cela n’était possible qu’en étant au gouvernement et à l’intérieur des institutions étatiques. Car l’action des gouvernements précédents, comme vous le savez, n’allait pas dans ce sens.
Vous avez bien eu une discussion au sein du gouvernement à propos de ce que vous avez appelé des faits divers de gangstérisme avec le ministre des Habous et des Affaires islamiques. Pensez-vous que celui-ci s’est acquitté convenablement de sa mission ?
La gestion des ministères en général est contrôlée par le Parlement et par les médias. Ce n’est pas à moi de distribuer des notes à tel ou tel département.
Mais sur le cas précis qui nous intéresse, vous avez certainement votre mot à dire…
Étant chef du gouvernement, je suis d’abord solidaire de tous mes camarades. Et puis, la politique du gouvernement, je ne peux pas la mettre sur le dos de tel ou tel ministre. S’il y a eu insuffisance, c’est moi qui suis responsable. Si nous arrivons à régler facilement les choses, c’est différent.
Selon vous, l’évolution naturelle du gouvernement tendrait-elle vers la suppression des ministères dits de souveraineté ou leur renforcement ?
Le concept de “ministères de souveraineté“ ne correspond pas à la réalité du Maroc. Il s’agit plutôt d’une expression propre à la France. Dans ce pays, ce concept renvoie aux compétences des ministères qui reflètent la souveraineté de la France tels que la Justice, l’Intérieur ou les Affaires étrangères. Cela ne veut aucunement dire que les titulaires de ces postes sont les ministres du président de la République.
Et en cas de cohabitation, le Premier ministre veille particulièrement au choix de ministres dont les fonctions sont assez proches des attributions du chef de l’État. Il fait en sorte que les ministrables en question soient plus qu’agrées par le président, peut-être même qu’ils soient proposés par ce dernier.
Qu’en est-il chez nous ?
Notre expérience constitutionnelle est à ses débuts. Je crois que je suis le premier leader politique à présider aux destinées d’un gouvernement et qui a exercé les attributions d’un Premier ministre. Quand j’étais désigné par S.M. le Roi, il m’a dit de lui proposer la liste des ministrables tout en me confiant qu’il ne souhaitait pas changer les titulaires de trois ministères qui étaient en charge de certains dossiers importants. J’étais tout à fait d’accord. C’est ce qui s’est passé en février 1998.
Qu’en sera-t-il du gouvernement de 2002 ?
Il faudra poser la question au prochain Premier ministre.
Pensez-vous qu’il est possible pour l’USFP de participer au futur gouvernement sans qu’il ait la responsabilité de la primature ?
Si au terme du scrutin du 27 septembre, il est le premier parti au Maroc, la primature est censée lui revenir. Sinon, notre parti ne doit pas nourrir cette ambition.
Est-ce que la Koutla se justifie-t-elle encore aujourd’hui ?
Nous n’allons pas maintenant discuter de la Koutla et de qui y est plus attaché que l’autre. La Koutla, nous l’avons constituée ensemble. Grâce à elle, nous avons pu changer la vie politique du pays et participer à la réalisation de l’alternance.
Lorsque le gouvernement a été formé dans les conditions que vous savez, la Koutla a été élargie à une alliance plus grande dont les membres font partie du gouvernement. Donc, la Koutla continue à travailler encore plus car elle participe à la gestion des affaires du pays et aux réunions des dirigeants des partis formant l’alliance gouvernementale. En outre, la fonction de cette Koutla a changé au point de vue qualitatif. Et puis on était plus dans la perspective d’arriver au pouvoir, et nous y sommes arrivés.
Abbas El Fassi a dit vous avoir proposé de mettre en place des listes communes USFP -Istiqlal pour les législatives du 27 septembre et que vous avez refusé cette proposition…
Je conçois parfaitement que beaucoup de partis notamment ceux avec lesquels nous avons travaillé aient le souci de coopérer ensemble à l’occasion des élections. On m’a fait des propositions dans ce sens au moment de la préparation de la loi électorale. À l’époque, je trouvais que c’était un peu tôt de parler de ce sujet.
Ce fut ma réponse. Celle-ci était motivée par le fait que nous abordons les élections avec un nouveau mode de scrutin. Il fallait voir le découpage et les conséquences de ce nouveau dispositif sur nos partis respectifs et à partir de là envisager ce qu’il est possible de faire. Après le vote de la loi et la publication du découpage, il y a une réalité qui s’est imposée à tout le monde. Certains la reconnaissent. D’autres ne la reconnaissent pas : la nature de ce mode de scrutin ne se prête pas aux listes communes.
pourquoi avez-vous opté pour le mode scrutin de liste alors que lors de votre discours lors du dernier congrès du parti, vous aviez marqué votre préférence pour le scrutin uninominal à deux tours ?
C’est le caractère pratique qui m’a poussé à proposer ce mode de scrutin de liste à mes camarades dans la Koutla et dans l’alliance au gouvernement. En effet, ce mode a ceci de particulier qu’il permet la coexistence entre les différents partis et fait éviter les chamailleries. Avec le système de liste, l’enjeu essentiel, en effet, est moins d’éliminer le concurrent ou de mener une lutte à mort pour le siège que d’amener le maximum d’électeurs à voter.
Un scrutin à deux tours n’aurait pas été plus profitable à toutes les forces en présence ne serait-ce que parce qu’il est susceptible de favoriser les alliances ?
J’étais le premier à proposer le scrutin à deux tours en 1997. Mais nos partenaires et nos interlocuteurs n’en voulaient pas, arguant que, selon des experts français, ce type de scrutin n’était pas adapté au contexte marocain. Et pourtant, l’ambiance politique de cette période était propice à ce mode d’élection…
Pour quelle raison vous ne vous êtes pas présenté aux législatives ?
Parce que ce n’était pas nécessaire. Et puis, j’ai préféré laisser la place à un camarade.
Peut-on savoir lequel ?
Un camarade.

• Propos recueillis par Khalil Hachimi Idrissi et Abdellah Chankou

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *