Youssoufi : un homme d’Etat

Youssoufi : un homme d’Etat

En démissionnant, mardi, de son poste de Premier secrétaire de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) et en décidant de se retirer de la vie politique, Me Abderrahmane Youssoufi aura mis fin à un parcours de plus de six décennies durant lesquels il a été au coeur des événements marquants du pays. En effet, c’est en 1943 que le jeune Abderrahmane, âgé de dix-neuf ans à peine, adhère au parti de l’Istiqlal. Ce fut le début d’une vie politique intense et riche en événements qui allait le conduire de la lutte contre le colonisateur à l’opposition puis à la responsabilité de diriger le gouvernement de l’alternance. Outre son parcours politique exceptionnel, Me Youssoufi, juriste de formation, s’est distingué par son militantisme pour les droits de l’Homme. Licencié en droit et diplômé des études supérieures en Sciences politiques, il est lauréat de l’Institut International des Droits de l’Homme. Une formation qui lui permit, en marge de son activité politique, de s’occuper de l’organisation, entre 1944 et 1949, de l’organisation de la classe ouvrière à Casablanca, puis de l’Emigration Ouvrière marocaine en France entre 1949-1952. En 1952, il est inscrit en tant qu’avocat près la juridiction internationale de Tanger. Sept ans après, en 1959, il est nommé bâtonnier de l’ordre des avocats de cette ville. C’était le début d’une association entre deux vocations qui allaient se joindre pour ne jamais se séparer : celle de l’avocat et celle du politicien. En 1953, après la destitution par les autorités coloniales de Feu SM le Roi Mohammed V et son exil vers Madagascar, il participe à l’organisation et à la direction du Mouvement de Résistance et de l’Armée de Libération, et ce jusqu’à 1956, année de l’indépendance. Trois ans plus tard, il devint l’un des artificiers de l’Union Nationale des Forces Populaires (UNFP) qu’il fonda en compagnie de Mehdi Ben Barka, Mohamed Basri, Mahjoub Ben Seddiq, Abderrahim Bouabid et Abdellah Ibrahim. Membre du secrétariat général de la nouvelle formation, il assuma la responsabilité de la Rédaction en chef de son organe de presse, « Attahrir », de 1959 à 1965. C’était la naissance de « l’opposant » Abderrahmane Youssoufi puisque, dès décembre 1959, il sera arrêté avec le directeur d’«Attahrir, Mohamed Basri, et accusé d’incitation à crimes d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat et à l’ordre public. Une accusation basée sur un éditorial publié par le journal qu’ils dirigeaient. Ce dossier sera clos par un non-lieu. Mais, quatre ans plus tard, en juillet 1963, il sera arrêté avec l’ensemble des membres de la commission administrative de l’UNFP, accusés de complot. Condamné à deux ans de prison avec sursis, il sera gracié en 1965. En novembre de cette année, il partira pour Paris où il participera à l’organisation du procès des ravisseurs de Mehdi Ben Barka. Il y dépose comme témoin de la partie civile. Ce séjour, qui ne devait pas dépasser quelques jours, allait se transformer en un exil qui durera quinze ans. Durant cette période, il est poursuivi par contumace lors du grand procès de Marrakech, qui s’est déroulé entre 1969 et 1975, pour complot. Le procureur requiert contre lui la peine de mort. L’arrêt du tribunal criminel disjoigne son cas pour complément d’informations. Pendant ses quinze années d’exil, il s’intègre à un certain nombre d’ONG concernées par les droits de l’Homme ; notamment l’Union des Avocats Arabes dont il est le secrétaire général adjoint de 1969 à 1990, l’Organisation Arabe des Droits de l’Homme, SOS Torture, Institut arabe des Droits de l’Homme. En 1975, l’UNFP devient l’Union Socialiste des Forces Populaires (l’USFP). Il est aussitôt désigné par les instances du parti comme délégué permanent à l’extérieur avant d’être élu membre du Bureau politique lors du IIIe congrès qui a eu lieu en 1978. En octobre 1980, il rentre au pays après avoir été gracié le 20 août de la même année. Douze ans après, il assume la direction de l’USFP suite au décès de Feu Abderrahim Bouabid le 8 janvier 1992. Une fonction dont il allait démissionner à peine quelques mois après en signe de protestation contre les manipulations qui ont marqué les élections indirectes de septembre 1993. Il retourne en France où il décida de se retirer. Mais, sous la pression des ses camarades et dans la perspective de nouvelles réformes démocratiques, il reprend ses fonctions de Premier secrétaire en août 1995 en vue de conduire la campagne pour la réforme constitutionnelle et les élections anticipées. Trois ans plus tard, il allait marquer l’histoire contemporaine du Royaume en acceptant de former le gouvernement de l’alternance sur proposition de feu Hassan II. Nommé Premier ministre le 4 février 1998 par feu Hassan II, il sera reconduit dans cette responsabilité par Sa Majesté le Roi Mohammed VI dès son accession au Trône le 30 juillet 1999. Une responsabilité qu’il assuma jusqu’au lendemain des élections législatives du 27 septembre 2002.

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