Zaïdi : «En finir avec la balkanisation»

Zaïdi : «En finir avec la balkanisation»

ALM : Que reprochez-vous, à l’USFP, au projet de loi sur les partis ?
Ahmed Zaïdi : D’abord, il ne faut pas oublier que ce projet de loi a fait l’objet de concertations avant d’atterrir au Parlement. Cette manière de faire a des aspects positifs, mais négatifs aussi. Elle facilite le travail, mais, en même temps, a permis à tous les partis de défendre leurs points de vue sur un pied d’égalité sans considération pour le poids réel de chaque formation politique. La deuxième remarque est que cela risque de remettre en cause le rôle du législatif qui en est réduit à apporter des retouches et à approuver. C’est une pratique qui doit être bannie dans un Etat démocratique sinon à quoi serviraient le Parlement et ses commissions ? C’est une question de forme, mais elle n’en est pas moins importante. Sur le fond, je relève que les partis politiques, après tant d’années, n’ont pas réussi à se saisir de l’initiative. Notre groupe a fait une proposition qui n’a pas été retenue. L’initiative, pour résumer, devait revenir aux acteurs politiques et non pas au ministère de l’Intérieur. C’est pour dire le flagrant manque d’initiative et de coordination.
Toutefois, il faut reconnaître qu’une grande différence existe entre la première mouture et celle soumise actuellement au Parlement. Le gouvernement a largement pris en considération les remarques des partis politiques.
Pour le présent texte, et malgré de grands efforts, il n’a pas apporté de réponse satisfaisante pour le fond du problème de la corruption du champ politique et l’usage de l’argent lors des échéances électorales. Ni d’ailleurs pour le problème des transfuges. Dans tout cela, nous ne devons pas oublier les élus communaux et ceux des conseils préfectoraux et régionaux. Comment se fait-il que des gens qui n’ont pu se faire élire à la première chambre se retrouvent à la deuxième alors qu’ils n’ont aucune représentativité dans leurs régions?!
Dans le présent texte, il est écrit qu’il est interdit à tout élu de changer de parti après les élections, mais une étrange jurisprudence lui permet de constituer un groupe indépendant. C’est la porte ouverte à tous les dépassements et à tous les casse-tête.

Que pensez-vous du mode de scrutin actuel ?
Viendra le moment où l’on parlera de cet aspect et nous espérons que ce moment sera choisi en temps opportun. Si vous voulez mon avis, le scrutin de liste, sans être sûrement le plus adapté, a ce côté positif qu’il a contribué à réduire la corruption et la balkanisation du paysage politique. Nous devons tirer toutes les conclusions et décider en conséquence.
Pour moi, on ne saurait parler de réforme sans une révision du découpage électoral. De véritables crimes ont été commis dans plusieurs régions où le découpage a été fait sur mesure ou pour répondre à des considérations purement personnelles. L’exemple de Bouznika est des plus éloquents dans ce sens. Les habitants de cette ville vont étudier à Rabat, s’y faire soigner, payer leurs factures d’eau et d’électricité parfois et nous gardons toujours le 037 comme indicatif téléphonique. Toutefois, bouznika relève toujours de la région Chaouia-Ouardigha et Settat, son chef-lieu !

Quels sont les principaux points de discorde autour de ce projet de loi ?
Il y a d’abord l’importance donnée au rôle du ministère de l’Intérieur et une certaine teinte sécuritaire trop exagérée parfois. L’article 62, portant sur la mise à niveau dans deux ans, pose également problème. Nous espérons que lors des amendements, le délai de grâce de deux ans soit réduit. Nous espérons que le ministère de l’Intérieur accepte un amendement dans ce sens sinon cette loi risque de ne pas être complètement applicable lors des échéances électorales de 2007.

Qu’en est-il alors du seuil de représentativité ?
Nous demandons que ce seuil soit porté entre 7 et 10 %. Mon avis personnel est qu’un seuil de 10 % est raisonnable si l’on veut pousser pour la constitution de pôles forts et mettre fin à la balkanisation du paysage politique. Cela poussera aussi les petits partis à chercher des coalitions. Notons, pour donner un exemple bien précis, que le seuil de 3 % n’a pas résolu le problème et il n’y a qu’à voir la mosaïque politique qui constitue la formation politique de M. Jettou.
Avec ses lacunes et ses aspects positifs, ce projet de loi reste un grand pas sur la voie de la consolidation de la démocratie dans notre pays.
Il ne résoudra pas tous les problèmes et il y a toujours un travail colossal qui attend les partis, l’Etat et la société pour la moralisation de la vie politique y compris au sein des formations politiques. Et reste aussi une grande question : y a-t-il encore une place et un rôle pour la deuxième chambre qui a été à la source de véritables calamités pour la politique au Maroc ?

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