Zuccarelli : «La Corse n’est pas raciste»

ALM : Des jeunes manifestent dans la rue contre l’arrestation des membres de Clandestini Corsi. Que pensez-vous de ce groupuscule ?
Emile Zuccarelli : Clandestini Corsi ne mène pas une action politique de rejet de l’immigration maghrébine. Ses actions ressortissent au milieu. C’est un problème de petits voyous qui se bagarrent entre eux. Certains sont Corses de lointaines origines. D’autres sont Maghrébins. Nous sommes dans une histoire de “voyourisme“ qui appelle le traitement que la Justice réserve aux délits et aux crimes du milieu.
Quel verdict attendez-vous de la justice ?
Le plus sévère qui soit. Je suis d’autant plus sévère moi-même que je pense que ces actions ont un caractère aggravant, parce qu’elles jettent sur la Corse une image imméritée et lourde à porter. J’en veux à ces petits voyous de nous faire passer pour des racistes. Ce que nous ne sommes pas. La Corse n’est pas raciste.
Pourtant, des actes racistes existent…
Je ne dis pas qu’il n’y a pas en Corse de racistes. Mais il n’y en a ni plus ni moins que dans n’importe quelle partie de la France. A cette différence près qu’à cause des événements que nous connaissons depuis des années, l’usage de l’explosif et du plastic tient lieu d’argument pour dénouer toutes les querelles : amoureuses, commerciales, idéologiques, de voisinage ou autres. Avec cette façon de faire, le propos raciste peut passer plus vite et plus facilement, hélas, à un acte agressif en forme d’explosion. Mais je répète que la Corse n’est pas plus raciste qu’ailleurs.
Quel regard portez-vous sur la communauté maghrébine établie à Bastia ?
La communauté maghrébine qui vit à Bastia y est bien accueillie, bien appréciée. Et moi, je suis de ceux qui disent que toute personne, quelle que soit son origine, qui vit sur cette ville y est chez elle. Et je n’oublie pas que Bastia a été libérée le 4 octobre 1943 par les tabors marocains. Rien dans les règlements municipaux ne doit porter atteinte, d’une manière ou d’une autre, à l’égalité des droits de tous les gens qui habitent dans cette ville.
J’y veille beaucoup et je veille particulièrement à ce que la communauté marocaine soit traitée avec tous les égards dus à une population honnête, travailleuse et qui nous rappelle la libération de la Corse. Et moi, je ne l’oublie pas.
Il y a pourtant des familles qui partent.
Quand il y a des actes abjects, les gens peuvent prendre peur. C’est l’une des conséquences dommageables des comportements racistes que je réprouve totalement. Maintenant, il m’est difficile de forcer les gens à revenir ou de rester.
Pour la part qui m’incombe, je protégerai les gens qui vivent en Corse, d’où qu’ils viennent, dès lors qu’ils respectent les lois convenablement. Ce qui est le cas de l’immense majorité de la communauté maghrébine.
Comment la ville réagit au racket dont font l’objet les commerçants de cette communauté ?
La ville réagit en demandant la plus grande sévérité contre les racketteurs. Le racket est une activité insupportable. Mais je ne suis pas sûr que certains Maghrébins ne rackettent pas d’autres. Il faut dire les choses comme elles sont : le racket n’est pas l’apanage de telle ou autre partie de la population. Et je demande que les enquêtes soient diligentées, que l’on identifie les racketteurs et qu’on les punisse. Je condamne les racketteurs et tous ceux qui ne les condamnent pas.
Croyez-vous à l’intégration des Maghrébins en Corse?
Non seulement j’y crois, mais je la constate. Au niveau scolaire, l’intégration se fait. Il y a des personnes, issues de l’immigration, qui obtiennent de brillants résultats scolaires, sportifs. Il faut se garder de ce qui pourrait bloquer l’intégration. Je pense à certains prédicateurs islamistes qui se promènent dans les milieux immigrés et qui nous font redouter un prosélytisme religieux qui n’est pas favorable à l’intégration.
L’intégrisme religieux est la principale entrave à l’intégration ?
L’indépendantisme aussi. Certains jeunes maghrébins reprennent les thèmes et les slogans de l’indépendantisme corse. A ceux-là, je dis : ne faites pas cette erreur. C’est dans le cadre de la République que vous aurez les meilleures ou les moins mauvaises conditions d’intégration. Il y a la tentation de penser que pour se couvrir, il faut parler comme les indépendantistes. Il y a la tentation de penser que pour être à l’abri, il faut tenir le même discours que certains extrémistes corses. Les jeunes Maghrébins doivent se garder de céder à cette tentation.

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