Au Maroc, l’Open Data sauve des vies

Au Maroc, l’Open Data sauve des vies

Il est aujourd’hui un vecteur d’amélioration du service public

open-data-2D’après un document de consultation de la Banque mondiale, «Open Data pour le développement durable», l’Open Data peut être utilisé pour atteindre des objectifs de développement à travers une gamme d’applications telles que l’accès et la gestion financière, l’amélioration des soins médicaux, de l’éducation, de la planification urbaine, de l’agriculture et de nombreux autres domaines. Comment ? Avant de répondre à cette question, une définition de la notion d’«Open Data» s’impose.

Des données pour renforcer la démocratie

«Open» signifie «ouvert» et «Data» renvoie à l’idée d’une donnée numérique d’origine privée ou publique. L’Open Data est le procédé d’ouverture des données qui consiste à les mettre à la disposition de tous, facilement et gratuitement, les faisant participer au renforcement de la démocratie. Selon la première édition du baromètre relatif à l’Open Data, portant sur 77 pays, publié par la World Wide Foundation et l’Open Data Institute, le Maroc (40ème) est le premier pays arabe et le deuxième au niveau africain, après le Kenya (22ème), en matière d’Open Data. C’est devenu ainsi un chantier prioritaire au sein du programme e-gov et pour le gouvernement. «Les citoyennes et les citoyens ont le droit d’accéder à l’information détenue par l’administration publique», dispose la Constitution de juillet 2011. Un portail a même été créé dans ce sens. Il s’agit de data.gov.ma, mis en service en 2011 et rénové en 2014. Mais il faut développer le concept de l’Open Data et pousser davantage les administrations et les établissements publics à publier leurs données et les citoyens à se les réapproprier. Car ce mouvement ne va pas s’amplifier sans la multiplication des initiatives citoyennes. La société civile et les entreprises doivent utiliser ces données publiques d’une manière pragmatique et les diffuser pour le bien de leurs communautés sous forme de bases de données, «data-visualisation», infographies, agrégateurs ou cartes. Car l’Open Data est, aujourd’hui, un vecteur d’amélioration du service public.

L’Open Data au service de la santé

Anass El-Filali le prouve. Ce jeune entrepreneur est le fondateur de Medtrucks, «la start-up qui vous veut du bien» ou la première plate-forme de gestion de flotte dédiée aux unités mobiles de soins (MedTrucks pour médical trucks), destinées à apporter les soins à proximité des populations vivant dans des déserts médicaux et de permettre à des patients atteints d’insuffisance rénale de pouvoir faire leur dialyse sans avoir à parcourir une longue distance. Grâce au Big Data et à l’Open Data, MedTrucks a développé deux outils : MedTracking qui traite des données géographiques et médicales afin de quantifier l’impact du projet sur une population, financièrement et socialement, et MedMapping, une plate-forme en accès libre qui permet aux patients de se géolocaliser et de détecter les centres hospitaliers existant sur l’ensemble du territoire du Royaume. «Le principe de l’Open Data est de mettre à disposition l’information que l’on possède en accès libre. Notre start-up est attachée à faciliter l’accès aux soins, et cela passe aussi par un accès facilité à l’information santé», explique Anass. Et de poursuivre : «Plusieurs organismes mènent des actions santé dans les territoires ruraux. Grâce à notre plate-forme MedMapping, ces organismes gagnent un temps considérable en optimisant ainsi leurs actions et en touchant plus de bénéficiaires».

MedMapping : Open Data et crowdsourcing

MedMapping propose, en effet, une cartographie interactive qui permet au patient de recenser les centres de soins les plus proches de lui. C’est une visualisation de plusieurs données collectées suite à un travail de longue haleine, car l’accès aux informations et la collecte des données n’étaient pas faciles. D’après Anass El-Filali, il n’existe pas de registre national ou même régional qui regroupe l’ensemble des informations santé, pour le peu qu’il existe, elles sont peu actualisées et deviennent rapidement obsolètes. Data.gov.ma était tout de même utile, elle a permis d’établir une première cartographie de base sur des données qui datent de 2011. Mais elle n’était pas suffisante, ses bases de données n’étant pas mises à jour. «Cette plate-forme d’Open Data ne contient pas d’informations sur le nombre de lits, les spécialités des établissements et aucun renseignement sur les contacts (téléphone, mail, adresse précise). Elle mérite d’être maintenue et enrichie. Car j’ai l’impression que depuis son lancement peu de données ont été ajoutées. L’effort doit être poursuivi», déclare la même source.
Pour compenser ce manque d’Open Data, MedTrucks s’est tournée vers un mouvement de participation citoyenne de récolte de données qui fait du citoyen un fournisseur officiel de data, le crowdsourcing.

De plus en plus de projets d’Open Data reposent aujourd’hui sur cela. «Nous avons bien compris qu’au Maroc presque tout le monde est équipé d’un smartphone et qu’il y a une bonne couverture internet. Nous utilisons ce vecteur pour collecter les données. Nous nous inspirons énormément de l’initiative kenyane Ushahidi», avoue Anass El-Filali. Ushahidi est un service de cartographie interactive qui utilise le concept du crowdsourcing en collectant des témoignages envoyés par courrier électronique et SMS, et en les plaçant sur une carte accessible en ligne.
Rappelons dans ce sens que data.gov.ma se base également sur le crowdsourcing, notamment à travers son site e-Particpation, Fikra, ouvert aux propositions des citoyens dans le but d’améliorer l’administration et d’enrichir l’Open Data. Le Maroc prend ainsi le train en route, mais au-delà de la prise de conscience, les acteurs publics marocains devraient accorder plus d’attention aux initiatives portées par les start-up et à l’évolution du secteur. Cela peut redonner un nouvel élan à l’engagement citoyen, au développement social et économique et à la floraison d’initiatives similaires à MedMapping, car l’Open Data peut également booster l’innovation. «Grâce à l’Open Data et à plus de deux ans de travail à parcourir les centres un par un, on peut être fiers d’être les premiers à avoir cartographié les 2/3 des dialysés au Maroc. Personne ne s’est aventuré sur ce terrain avant nous», déclare le fondateur de MedTracks, qui amorce un projet pilote de bus de dialyse sur la province de Sidi Slimane et compte rapidement diversifier son offre, avec un pharma-truck, baby-truck ou oncology-truck.

Soukaina Zoubir
(Journaliste stagiaire)

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