La transformation digitale : Opportunités ou menaces ?

La transformation digitale : Opportunités ou menaces ?

Depuis quatre ans la «transformation digitale» est véritablement passée à la vitesse supérieure: la plupart des entreprises ont déjà (ou sont en train) basculé des intentions aux investissements, des projets à la mise en œuvre.

Par Med Nizar El Aamil (*)

Si l’objectif principal est clair: numériser l’offre et toute la chaîne de création de valeur, des questions comme «Quoi faire concrètement?» et «Comment s’y  prendre?» sont plus difficiles à appréhender pour des entreprises souvent très absorbées par leurs clients.

La transformation digitale est une opération de transformation totale de l’entreprise: il ne suffit plus de réaliser quelques «coups» ou de «customiser» une offre à la sauce digitale mais bien de réinventer intégralement son modèle et toute la chaîne interne de fonctionnement: stratégie, organisation d’une «révolution managériale», environnement collaboratif.

Il ne se passe pas une journée ou presque sans que ce terme ne soit mentionné ou utilisé dans un article de presse ou par un blog, par exemple si vous tapez le mot transformation digitale sur Google, vous voyez que le nombre d’articles traitant ces sujets est tout simplement vertigineux alors pourquoi parle-t-on autant de transformation digitale et concrètement qu’est-ce que c’est ? Contrairement à une idée reçue, la transformation digitale ne concerne pas tant les outils que les hommes. En effet, elle ne doit pas être confondue avec la digitalisation. Si par exemple, vous imprimez des papiers, des documents de travail, des comptes rendus de réunions, des notes et que vous stockez tous ces documents et qu’en suite votre entreprise décide de passer par une solution de numérisation des documents, vous aurez à digitaliser votre méthode de travail aux processus.

Mais la transformation digitale ne se réduit pas seulement aux outils, elle concerne les hommes, elle concerne les organisations, leurs habitudes, leurs modes de fonctionnement et finalement toutes les pratiques managériales. Le rapport à la hiérarchie par exemple et même la culture d’entreprise. En effet, la transformation digitale est un sujet presque plus sociologique que technologique.

C’est pourquoi la transformation digitale touche tous les métiers sans exception, de la direction des ressources humaines à la finance, en passant par la gestion de la production, la gestion de projets ou le marketing.

Le digital nous oblige à transformer notre mode de travail, nos modes de pensées et nos pratiques business, c’est ce qui explique que certains analystes parlent d’une nouvelle révolution industrielle. Alors essayons d’aller un peu plus loin, les premières entreprises à s’être lancées dans le digital l’ont fait dans le courant des années 90.

En créant des sites web d’entreprises et en digitalisant leurs processus.

Prenons le premier cas, celui des sites web, pour les entreprises le digital était avant tout un canal de communication un peu différent, car avant, un site web permettait d’être présent sur un nouveau média qui commençait à émerger. Mais il est resté un petit canal de trafic peu fréquent et peu connu et sans réelle valeur ajoutée. À quelques exceptions près le Web n’est devenu un véritable canal de distribution qu’au début des années 2000.

On peut dater cette révolution par l’arrivée dans notre économie des premiers géants du Web. Pour la première fois de jeunes entreprises «des start-up» qui avaient été créées avec très peu de moyens à leur arrivée mais en seulement quelques années ont pu s’emparer d’un marché ou ont créé un nouveau marché : on peut par exemple citer Microsoft, Apple, Oracle et puis Google et plus récemment LinkedIn, Uber ou Facebook.

C’est donc parce que le digital a commencé à toucher les entreprises sur leurs marchés et aux portefeuilles que le digital est devenu stratégique.

En l’espace de dix ans nos usages aussi ont profondément changé. Le taux d’équipement informatique a augmenté de manière exponentielle à tel point que nous avons à peu près au Maroc trois terminaux par foyer, le taux d’équipement moyen en smartphones, en ordinateurs et en tablettes continue à augmenter chaque année.

Autre aspect, les réseaux sociaux ont fait leur apparition et le temps que nous passons aujourd’hui sur le Web rattrape ou a déjà rattrapé celui que nous passons à regarder la télévision, logiquement les entreprises ont suivi les usages des individus parce qu’elles sont obligées d’aller là où les clients les attendent mais le souci c’est que cette transformation des usages s’est faite extrêmement rapidement et que les entreprises n’ont pas forcément anticipé cette évolution ou cette révolution.

Prenons l’exemple du covoiturage «Bla Bla Car» qui est un site qui permet à des individus de se retrouver pour mutualiser les coûts de transport. C’est une société qui a été créée il y a dix ans et qui compte aujourd’hui plus de 10 millions d’utilisateurs dans le monde entier et elle s’est imposée comme l’un des principaux concurrents de la SNCF en France, une entreprise presque centenaire qui a toujours ou en tout cas a été depuis très longtemps en situation de monopole. Un autre exemple, Airbnb créée en 2008, qui propose aujourd’hui plus de chambres disponibles dans le monde qu’Accor qui est le leader mondial de l’hôtellerie et qui s’est constitué en plus de 50 ans. On enregistre que grâce à la force des réseaux sociaux et grâce au Web que ces jeunes entreprises ont identifié des créneaux et bouleversé notre économie. C’est parce qu’il y a un peu urgence que l’on parle autant de transformation digitale.

Et c’est parce que de nombreuses entreprises vont devoir se réinventer que tout le monde se préoccupe du sujet.

La transformation digitale de manière un peu plus précise concerne tous les aspects de l’entreprise à commencer par les modèles économiques.

Avec le digital, les modèles dits Freemium se sont développés, un modèle Freemium consiste à proposer un service gratuitement puis progressivement à le faire payer en fonction du nombre d’utilisateurs et de l’usage qui en est fait, donc on bascule d’un modèle d’achat à un modèle de location, le secteur des logiciels étant un exemple parfait de ce basculement.

Le digital transforme aussi la distribution et la commercialisation des produits et des services, il est beaucoup plus facile de contourner les intermédiaires classiques d’un marché et de les toucher directement via le Web. Le secteur des médias est l’exemple parfait de cette tendance sur le Web tout le monde peut créer du contenu, tout le monde peut le publier, le partager et donc le marché est totalement désintermédié. On constate que cette révolution digitale est donc bien plus profonde d’une simple transformation d’un métier ou d’un processus, tous les secteurs et tous les métiers sont concernés. La digitalisation au sens large du terme permet de développer des opportunités dans tous les secteurs, et cela, à travers différents points :

• La notion de distance n’existe plus, l’information peut voyager instantanément et n’est pas contrainte par une zone géographique

• L’information et les contenus dématérialisés peuvent toucher un plus grand nombre de personnes et sans réelle limite

• La collaboration entre personnes, les contenus partageables et modifiables en temps réel par tous permettent de travailler sur un même projet bien plus facilement

• L’automatisation de tâches répétitives permet une meilleure optimisation du temps de travail pour atteindre un résultat donné

• La digitalisation permet aussi de limiter les erreurs, en effet, il est plus facile de détecter les anomalies et de les corriger

Pour résumer la transformation digitale est donc avant tout un enjeu culturel bien plus qu’un enjeu d’outils.

Elle implique de repenser son mode de travail, de réfléchir à de nouveaux modèles économiques et de ce point de vue c’est une vraie problématique de conduite et du changement.

(*) Consultant-coach / auditeur / formateur

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *