11 septembre : Dérives américaines

Mercredi, journée d’émotion et de recueillement un an après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Ces attaques, si tragiques furent-elles, ont amorcé une nouvelle ère dictée par une campagne contre le terrorisme dont on ignore encore les aboutissants comme les retombées. Pourtant, un an après le drame, quelques bilans étaient inévitables. Celui concernant l’évolution des droits humains est alarmant. Une responsable de l’Union européenne n’a d’ailleurs pas hésité à le clamer ce mercredi devant ses homologues du Parlement.
Anna Diamantopoulou, commissaire européen pour l’emploi et les affaires sociales, a estimé que l’après-11 septembre avait rendu difficile la lutte contre le racisme et la xénophobie. «Les organisations de défense des droits de l’homme nous ont prévenus que les libertés civiles étaient menacées par la lutte contre le terrorisme», a souligné la responsable grecque devant la Commission parlementaire. «Le climat de suspicion et d’insécurité créé par les attaques terroristes a renforcé les préjugés. Certains personnages publics ont exploité ces craintes pour diffuser un message de racisme et de xénophobie», a-t-elle ajouté. Des propos qui, officiellement, ne changent en rien la solidarité exprimée par l’UE à l’égard des Etats-Unis, mais qui dénotent une crainte générale et partagée par tous ceux qui sont en charge du lourd dossier des droits de l’Homme. L’instance suprême en la matière, la FIDH, a d’ailleurs ce même jour accusé plusieurs pays d’avoir légitimé des «restrictions des libertés individuelles» par les attentats. La Fédération internationale des droits de l’Homme a dénoncé ces «violations massives», ces «restrictions injustifiées des libertés individuelles» exacerbées depuis un an avec l’aval des gouvernants. Si la FIDH pointait surtout du doigt les Etats-Unis et leur fameuse loi «Patriot Act», qui a permis des «centaines d’arrestations, de détentions et d’interrogatoires intervenus dans des circonstances plus que douteuses», Washington n’a pas été le déclencheur, voire l’inspirateur, de ce recul des libertés. La Fédération a cité plusieurs autres pays qui ont «profité de l’aubaine pour activer ou adopter des lois similaires» : la Chine, la Russie, l’Egypte, l’Algérie, la Tunisie ou encore la Colombie. L’organisation a également critiqué des Etats européens – Grande-Bretagne, Allemagne et France -, pour avoir pratiqué dans la «surenchère de discours sécuritaires».
Les 598 prisonniers de la base navale américaine de Guantanamo, à Cuba représentent cependant le meilleur exemple de cette dégradation générale des droits humains. Ces combattants présumés d’AlQaïda ou des Talibans, sont – pour les premiers arrivés – détenus depuis janvier 2002 dans le vide juridique le plus total. Définis comme des «combattants illégaux», terme inventé pour l’occasion, ils ne répondent en fait à un aucun statut. Originaires de 43 pays, ils restent sous la seule autorité des Etats-Unis et de leur justice d’exception. Quatre détenus ont tenté de se suicider en juillet et août. Des dizaines d’autres tiennent à coup d’antidépresseurs, selon les rares «étrangers» autorisés à se rendre dans la base, essentiellement des membres de la Croix-Rouge.
Leurs journées se résument à manger, prier et dormir dans leurs cellules de 2,4 mètres sur 2 mètres. Ils sont aussi soumis à de fréquents interrogatoires de jour comme de nuit. Du fait de leur «non-statut», ces détenus ne peuvent pas revendiquer les droits des conventions de Genève sur les prisonniers de guerre.
Les ONG, comme Amnesty International, et plusieurs pays ont beau réclamer l’extradition de leurs ressortissants, l’avenir de ces détenus relève pour l’instant du seul bon vouloir de l’administration Bush. «Les attaques du 11 septembre n’étaient pas seulement contre des vies innocentes, mais contre les normes de la démocratie, de la liberté et des droits humains».
Le bilan de l’ex-haut commissaire aux droits de l’Homme, Mary Robinson, risque encore de se vérifier dans les prochaines années.

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