Abou Hamza ou la voix du terrorisme

Menacé d’expulsion par la Charity Commission, groupe associatif dont relève sa mosquée, Abou Hamza a vu lundi son lieu de culte de Fisbury Park, au nord de Londres, perquisitionné et encerclé par plus d’une centaine de policiers. Sept personnes ont alors été arrêtées. Mais pas l’imam, le premier d’ailleurs à réagir à ce qu’il a appelé une «chasse aux Musulmans» par le gouvernement britannique.
Le coup de filet de lundi est en tout cas très sérieux puisqu’il est lié à la découverte de traces de ricine, un poison mortel, début janvier dans la capitale. Abou Hamza est lui-même dans le collimateur des services britanniques qui l’ont déjà arrêté, notamment en mars 1999, puis finalement relâché. Suspecté d’avoir participé à plusieurs actes terroristes, il est aujourd’hui soupçonné de recruter pour Al-Qaïda via sa mosquée. C’est en 1979, à 20 ans, que Abou Hamza, Mustapha Kamel de son vrai nom, quitte Alexandrie pour s’établir en Angleterre et suivre des études d’ingénieurie civile.
Pour subvenir à ses besoins, il travaille dans une boîte de nuit, période qu’il justifie par son «ignorance préislamique». Cinq ans plus tard, il épouse une Anglaise et obtient un passeport britannique. Lorsqu’il «redécouvre» le Coran en 1986, il divorce et part en Afghanistan combattre les envahisseurs soviétiques.
C’est là qu’il perd un oeil et sa main en tombant sur une mine. Infirme et de retour à Londres, Abou Hamza devenu « Al-Masri», n’en poursuit pas moins sa quête d’un Islam pur et dur qui lui est «révélé» à chacun de ses contacts avec les moudjahidin hospitalisés en Angleterre. Au cours de ses trois années et demie passées en Afghanistan, le futur imam s’est aussi lié d’amitié avec Abou Hassan Al-Mihdar et son armée islamique Aden-Abyan. Ce groupuscule, proche d’Al-Qaïda, est celui qui a revendiqué l’attentat contre le pétrolier français Limburg au large du Yémen en octobre 2002. En octobre 1998, «l’Egyptien» aurait quant à lui participé, selon les autorités du pays, à une tentative d’assassinat du président yéménite Ali Abdallah Saleh.
Il est aussi soupçonné d’être mêlé au kidnapping meurtrier de touristes étrangers, perpétré par Abou Hassan et Aden-Abyan fin décembre de la même année. Alors à Londres, Abou Hamza est intouchable, mais son fils et son beau-fils sont arrêtés, et son ami Abou Hassan bientôt exécuté.
Depuis 1994, Abou Hamza prêche à la mosquée londonienne de Finsbury Park. Cette année-là, il a aussi fondé l’organisation des « Partisans de la Charia » à laquelle adhèrent de nombreux jeunes en mal de «révolution islamique mondiale». Parallèlement, il multiplie les menaces et les insultes -notamment sur le site Internet de son organisme- à l’encontre des Occidentaux, du président yéménite et, en 1999, du roi défunt Hussein de Jordanie, pays où il est condamné par contumace pour avoir comploté une série d’attentats à la veille de l’an 2000. Il discourt aussi publiquement sur la guerre en Tchétchénie et affiche son soutien à la série d’attentats qui touchent Moscou en septembre 1999. On le soupçonne aussi d’envoyer depuis Londres des fonds et des recrues à différentes organisations terroristes comme le GIA et le GSPC algériens. Devant 500 partisans, lors d’une conférence londonienne en février 1999, Abou Hamza parle d’un plan visant à faire sauter des avions pour mettre au défi le « monopole occidental du ciel ». Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, il évoque une «cause respectable» dont les auteurs sont des «martyrs». «Ce qui s’est passé hier était peut-être de l’autodéfense» ajoute l’imam qui dit avoir de la «compassion» pour les victimes comme pour Ben Laden…
«Les Américains voulaient combattre les Russes en se servant du sang musulman, et le seul moyen d’y arriver était de provoquer un djihad. Malheureusement pour tous sauf pour les Musulmans, quand on appuie sur la touche djihad, on ne peut pas revenir en arrière si facilement. Le djihad continuera jusqu’à ce que l’empire musulman absorbe tous les autres empires» explique-t-il dans un entretien à la revue Christian Science Monitor, le 27 septembre 2001. Ces propos lui valent la colère de la communauté musulmane de Grande-Bretagne et celle de la Charity Commission qui menace de l’expulser. A son discours, s’ajoutent aussi très vite quelques révélations inquiétantes.
A Hambourg (Allemagne), des vidéos de ses prêches ont été retrouvées dans l’appartement de Mohamed Atta, chef présumé des kamikazes du 11 septembre.
Parmi ses fidèles, on retrouve des terroristes présumés comme le Franco-marocain Zakarias Moussaoui, le 20ème kamikaze présumé, et le Britannique Richard Reid, le «shoe bomber» du vol Paris-Miami de décembre 2001. Sans oublier Djamel Beghal, le principal «recruteur» de Ben Laden en Europe, et Ahmed Ressam, arrêté en décembre 1999 alors qu’il se préparait à faire sauter l’aéroport de Los Angeles !
Pourquoi Abou Hamza est-il toujours en liberté ? Lorsqu’il a été encore une fois arrêté en février 2002 par la section antiterroriste de Scotland Yard, il a de nouveau été relâché sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui. Son «impunité» est tellement incompréhensible que plusieurs médias se demandent aujourd’hui s’il ne serait finalement pas un agent-double…

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