Affaire «l’Arche de Zoé» : Procès sur fond de tractations diplomatiques

Le président et cinq membres de l’ONG française l’Arche de Zoé devraient être jugés au Tchad à partir de vendredi, font face à des accusations criminelles d’enlèvement de mineurs et escroquerie. Il leur est reproché d’avoir tenté d’emmener frauduleusement en France pour adoption, sous couvert d’une opération humanitaire d’aide à la province soudanaise du Darfour, des enfants pour la plupart tchadiens soustraits à leurs parents dans des conditions suspectes.
Arrêtés alors qu’ils s’apprétaient à s’envoler clandestinement avec les enfants d’Abéché, dans l’est du pays, les accusés encourent en théorie jusqu’à vingt ans de travaux forcés pour « enlèvement de mineurs et escroquerie ». Leurs familles et leur avocat disent pourtant espérer un réglement politique de l’affaire aussitôt après une condamnation formelle.
Début novembre, le président français s’était rendu à N’Djamena pour ramener à bord de son avion trois journalistes français et quatre hôtesses de l’air espagnoles arrêtés avec les humanitaires, et libérés le jour de sa venue.
Le président français avait ensuite semblé vouloir éviter un procès en déclarant le 6 novembre : «J’irai chercher ceux qui restent, quoi qu’ils aient fait». Malgré la libération des trois membres d’équipage espagnols et du pilote belge Jacques Wilmat le 9 novembre, le Tchad a après ces déclarations insisté pour juger lui-même les suspects, sans écarter un règlement après le jugement. Le président de l’Arche de Zoé Eric Breteau, Emilie Lelouch, Nadia Merimi, Dominique Aubry, Alain Péligat et Philippe Van Winkelberg, qui protestent de leurs bonnes intentions, ont entamé une grève de la faim le 7 décembre. Ils seront jugés par une Cour composée de cinq magistrats, dont deux suppléants, et quatre jurés populaires, selon une source judiciaire tchadienne.
Le procès pourrait s’achever avant Noël, ou peu après, c’est-à-dire après quelques jours d’audience seulement. Un collectif d’avocats des 103 enfants, dont 100 ont été identifiés formellement à ce jour, a été constitué. Me Collard a déclaré que la présence éventuelle des familles des accusés n’était pas encore décidée. Les magistrats tchadiens jugeront une affaire très suivie dans leur pays, où elle a suscité plusieurs manifestations anti-françaises.

• Moumine Ngarmbassa (Reuters)

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