Afghanistan : Scrutin sans effusion de sang

Afghanistan : Scrutin sans effusion de sang

Près de trois ans après la chute du régime des Talibans, les urnes afghanes entrent enfin en action pour qu’un président du pays soit démocratiquement élu. Quelque 10,5 millions d’électeurs en Afghanistan étaient appelés à participer à la première présidentielle dans l’histoire du pays. Les femmes prendront part au vote pour la première fois dans l’Histoire de ce pays. Mais malgré une participation enthousiaste des citoyens afghans, une quinzaine de candidats opposés au président sortant Hamid Karzaï, allèguent que des irrégularités ont été commises et réclament la tenue d’un nouveau scrutin. Parmi les irrégularités figure également l’encre effaçable qui a été utilisée pour marquer le pouce de chaque électeur, ce qui aurait permis à certaines personnes de voter plusieurs fois.
Les Nations unies ont expliqué par la suite que des employés électoraux avaient confondu les marqueurs à l’encre indélébile avec un autre type d’encre s’effaçant très facilement. Au total, 18 personnes se sont portées candidates à l’élection présidentielle afghane. La seule femme, Massâouda Jalal, a dénoncé des fraudes, mais a préféré ne pas se joindre au groupe des 14 candidats contestataires.
Cependant, réalisant qu’ils s’étaient coupés d’une opinion publique heureuse d’avoir pu participer à sa première présidentielle, des candidats qui avaient demandé samedi l’annulation du scrutin pour irrégularités ont commencé à faire marche arrière dimanche. Trois des 14 candidats contestataires ont déclaré qu’ils seraient éventuellement disposés à accepter les conclusions d’une commission d’enquête indépendante. Le président sortant Hamid Karzaï s’est pour sa part dit «déçu» dimanche par les problèmes d’encre, et « peiné » par l’appel de ses opposants.
Pour lui, c’était l’élection du peuple afghan. «C’était la première fois dans notre Histoire et après tant de souffrances, les Afghans se sont rendus aux urnes par millions», a-t-il dit. La commission électorale, composée de représentants des autorités afghanes et des Nations unies, a fait savoir qu’une enquête serait ouverte sur les irrégularités présumées, mais que celles-ci ne justifiaient pas une suspension du scrutin.
Toujours est-il que le dépouillement des bulletins de vote commencera «dans deux à quatre jours», comme l’a indiqué lundi un porte-parole de l’ONU, Manoel de Almeida e Silva. Pour vérifier que leur nombre correspond bien au décompte d’électeurs effectué dans chaque bureau, les bulletins doivent être comptés et mélangés pour que leur origine précise ne soit pas évidente. Des millions de bulletins doivent être transportés – en voiture, en camion, en hélicoptère, à cheval ou à dos d’âne – dans huit centres régionaux hautement sécurisés, parfois depuis des régions reculées ou dangereuses.
Par ailleurs, pour des raisons de sécurité, certains bulletins n’ont pas été transportés immédiatement après la fermeture des bureaux samedi, a indiqué un responsable de l’ONU à l’AFP.
Les observateurs ont évoqué un scrutin «assez démocratique» tout en demandant une enquête indépendante sur des fraudes dénoncées par la majorité des candidats. Cependant, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a jugé «injustifiée» la demande d’annulation présentée par l’opposition. Dimanche, la commission afghane des droits de l’Homme a demandé en des termes sévères la mise en place de mécanismes pour étudier les plaintes en rapport avec la présidentielle et la tenue d’une enquête «juste et complète». Ladite commission afghane des droits de l’Homme a noté dans un communiqué que «La commission électorale a échoué dans la mise en place d’une procédure efficace d’administration des plaintes». Mais il y a lieu de signaler que la communauté internationale a salué quand même ce vote, y voyant un grand pas pour la démocratie. Même si certains s’inquiétaient des conséquences d’un éventuel boycott des résultats par les opposants à Karzaï. Le chancelier allemand Gerhard Schröder, en visite au Pakistan, a déclaré que « Le vote pacifique, et la forte participation (…) permettent l’optimisme, malgré les problèmes connus », notant que l’Afghanistan s’engageait tout juste sur le chemin sans doute long de la démocratie . Quant à Georges W.Bush, il n’a pas caché son émotion «Une chose merveilleuse est en train de se passer en Afghanistan», déclarait-il samedi, rappelant le sort terrible des femmes et filles sous les Talibans.
Washington, dont Karzaï est l’homme-candidat et qui compte tirer un bénéfice diplomatique de ce scrutin, a minimisé les difficultés du vote. Le nouveau régime afghan a d’ores et déjà gagné une bataille, celle de la sécurité du scrutin, assurée par 100.000 hommes. Malgré quelques incidents, les Talibans, qui avaient juré de faire de cette journée de démocratie un bain de sang, n’auront pas réussi, et certains y voient un grave revers pour eux.

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