Al Yaouar Cheikh à la tête de l’Irak

Al Yaouar Cheikh à la tête de l’Irak

Après plusieurs jours d’intenses négociations, le nom du nouveau président de l’Irak, Cheikh Ghazi Al-Yaouar ainsi que la composition du nouveau gouvernement ont été annoncés mardi matin 1 er juin à Bagdad. Il s’agit de la première étape concrète du transfert de souveraineté aux Irakiens le 30 juin, après plus d’un an d’occupation de l’Irak par les forces de la coalition dirigée par les Américains. L’annonce a été immédiatement suivie par deux attentats, qui ont fait, selon les sources, entre 15 et 36 morts. Cette flambée de violences fait suite à la grande confusion qui a précédé cette désignation, à l’issue de trois jours de marchandages entre la coalition et les membres du Conseil de gouvernement irakien. Adnane Pachachi, le rival de M. Al-Yaouar dans la course à la présidence, a d’abord été nommé, mais a rapidement jeté l’éponge.
Immédiatement après, le Conseil de gouvernement brûlait la politesse à la coalition pour annoncer que « la coalition et le Conseil de gouvernement ont choisi à l’unanimité Ghazi Al-Yaouar comme président ».
Ce dernier est un notable originaire de Mossoul, dans le nord de l’Irak. Âgé de 46 ans, le nouveau président se présente comme un rassembleur alliant les cultures orientale et occidentale. Il est en outre issu de la tribu des Chammars, qui compte trois millions d’âmes sunnites et chiites, s’étend en forme de croissant de lune des confins de la Syrie, au nord, à l’Arabie saoudite, au sud, en passant par l’Irak et le Koweït. Aussi, quand Saddam Hussein envahit le Koweït à l’été 1990, l’oncle, Cheikh Mohsen Al-Yaouar, choisit l’exil à Londres pour marquer sa désapprobation. Au printemps 2003, alors que la coalition renverse le régime baâsiste à Bagdad, l’oncle revient dans son fief de Mossoul. Il lui demande aussi de rentrer et, en juillet, Ghazi Al-Yaouar est nommé membre du Conseil de gouvernement sur le quota sunnite. Parfaitement anglophone, le Cheikh est un farouche partisan de l’intégrité de l’Irak, même s’il est favorable à une large autonomie pour les Kurdes.
Sa première sortie médiatique confirme son orientation. « Nous, Irakiens, voulons obtenir une souveraineté complète à travers une résolution du Conseil de sécurité, afin de nous permettre de reconstruire une patrie libre, indépendante, démocratique, fédérale et unifiée », a-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Au même moment, le représentant de l’ONU, M. Brahimi a annoncé les nominations du chiite Ibrahim Jaâfari, président du parti Al-Dawa, et du Kurde Roj Nouri Shawis, du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), aux postes de vice-présidents. La nomination du Premier ministre, le chiite Iyad Allaoui, avait déjà été annoncée vendredi dernier. Le Conseil de gouvernement a ensuite annoncé la liste du futur cabinet irakien, qui comprend 33 membres, dont le Premier ministre. Ce nouveau gouvernement est composé en majorité de nouvelles têtes, à l’exception notamment des ministres des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, de l’Electricité, Ayham Al-Samarraï, de la Culture, Moufid Al-Jazaïri, et du Plan, Mehdi Al-Hafez. Dès l’annonce de la constitution du gouvernement irakien, les réactions se sont succédé. À commencer par celle de Condoleezza Rice, conseillère pour la Sécurité nationale du président Bush, qui a estimé que « La formation d’un nouveau gouvernement irakien est un pas positif pour l’avenir d’un Irak libre ». À Londres, le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw, a salué la nomination mardi du futur gouvernement irakien, qualifié de « nouveau pas en avant significatif pour les Irakiens, dans la reconstruction après les ravages du régime de Saddam ». À Paris, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hervé Ladsous a estimé que « l’élément essentiel, c’est que le peuple irakien puisse se reconnaître dans ses futurs dirigeants ». Avant de rappeler la position française au regard de ce projet de résolution sur le transfert de souveraineté : « Il est très important à nos yeux que le nouvel exécutif irakien puisse être consulté, puisse être associé aux discussions qui sont en cours à New York sur le projet de résolution du Conseil de sécurité ». Côté arabe, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, s’est « réjoui » mardi de la désignation de Ghazi Al-Yaouar à la tête de l’Etat irakien. « Ghazi al-Yaouar est un patriote irakien reconnu », a dit Amr. Moussa, dans une déclaration rapportée mardi par l’agence égyptienne Mena. Avant d’exprimer l’espoir que M. Al-Yaouar réussira à faire en sorte que « l’Irak recouvre sa souveraineté ».

• Youssef Chaoui (Avec AFP et AP)

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