Alain Juppé ressort ses griffes contre Nicolas Sarkozy

Qui a dit que la première année du quinquennat de Nicolas Sarkozy serait un long fleuve tranquille ? En plus de ses propres dérives, des multiples couacs de son gouvernement, de la relation déprimante qu’il entretient avec son Premier ministre François Fillon, Nicolas Sarkozy doit compter avec l’éclosion des oppositions et des ambitions dans son propre camp. En plus de la rupture, devenue légendaire avec Dominique de Villepin, de la guerre ouverte contre le leader centriste François Bayrou, le président de la république doit composer avec un autre détracteur en devenir, Alain Juppé, maire de Bordeaux.
Ses dernières déclarations laissent clairement deviner le personnage en composition qu’il compte incarner dans les prochaines semaines. D’abord lorsqu’il est interrogé sur ses ambitions pour les présidentielles de 2012, Alain Juppé, 62 ans, ne se donne même la peine de jouer les timides refrognés ou les vierges effarouchées : «je ne suis fermé à rien, je suis d’un tempérament très curieux (…) Aujourd’hui, il y a quelque chose qui me donne de l’espoir. Je vois que M. Berlusconi – 71, 72 (ans)- vient d’être réélu, M. Mc Cain (71 ans) est un des candidats favoris à l’élection présidentielle, donc je me dis que j’ai le temps».
Ensuite, lorsqu’il est invité à livrer son diagnostic sur la nouvelle gouvernance promise par le «nouveau Sarko», pour reprendre l’expression de l’intervieweur Franz Olivier Giesbert, Alain Juppé donne dans l’euphémisme moqueur : «Oui, enfin il est tout frais là, on va voir ce que ça donne sur la durée  (…) Le président doit être un peu au-dessus de la mêlée et laisser les autres se griller. C’est fait pour ça les ministres».  Alain Juppé va jusqu’à railler les impatient et les amateurs : «Il faut être un petit peu naïf pour s’étonner de ce qui se passe aujourd’hui : quand on engage une politique de réformes, on sait très bien que cela ne donne pas de résultat tout de suite».  Il enfonce définitivement le clou lorsqu’on lui demande de citer une autre réussite de Nicolas  Sarkozy que celle d’avoir fait voter le traité simplifié qualifiée de «belle victoire», Alain Juppé se gratte le crâne : Autre succès? «ça ne me vient pas tout à fait spontanément». De la bouche d’Alain Juppé, ce constat en demi-teinte équivaut à toutes les déclarations de guerre.
Il faut dire que les relations entre les deux hommes ont rarement été au beau fixe. Passée la parenthèse de la présidentielle où ils étaient obligés d’enterrer la hache de guerre qui les avait opposés dans leurs tentatives de prendre le contrôle de l’UMP, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé n’ont pas eu l’occasion de travailler ensemble longtemps. Le numéro deux du premier gouvernement Fillon  était obligé de démissionner de son poste après son retentissant échec lors des dernières législatives. Il ne faisait qu’appliquer une règle  non écrite de l’Elysée : un ministre qui ne parvient pas à se faire élire député doit démissionner.
S’ensuit alors une longue période de silence intérieur pour Alain Juppé qui donne l’impression d’avoir été durant ces dernières années un capteur de malédictions. Les échotiers le décrivent taciturne songeant à choisir un autre exil que le grand Nord canadien où il avait passé sa traversée du désert. Jusqu’à ce qu’arrivent les élections municipales. Sa réélection triomphale fut pour lui une vraie renaissance politique.  Nicolas Sarkozy avait toutes les raisons de se réjouir du retour en scène d’un poids lourd de la droite. Mais il dut vite déchanter lorsqu’il apprit qu’Alain Juppé doit sa réélection à François Bayrou, devenu un de ses plus virulents détracteurs. Il eut beaucoup de mal à  contrôler sa colère lorsque le maire de Bordeaux avait assiégé, par téléphone, l’Elysée pour l’engager à ne pas empêcher l’élection de François Bayrou à la mairie de Pau. Intraitable, Nicolas Sarkozy obligea Bayrou à boire la défaite jusqu’à la lie.
En se positionnant comme un possible rival de Nicolas Sarkozy à un moment où se dernier subit de plein fouet l’effet boomerang de sa mauvaise gouvernance, Alain Juppé est certain de faire débat. Sa valeur politique n’en devient que plus précieuse dans tous les scénarios de remaniement gouvernemental à venir.  

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