Algérie : profs et lycéens dans la rue

Algérie : profs et lycéens dans la rue

La grève qui paralyse l’enseignement en Algérie depuis plus d’un mois s’est poursuivie hier dans tous les lycées d’Alger. La grande partie des enseignants grévistes refusent de reprendre les cours et les nouveaux stagiaires, rejetés d’emblées par les élèves, ont du mal à prendre la relève. D’un camp à l’autre, les positions se durcissent. Les grévistes, considérés désormais comme radiès de l’enseignement, continuent à se rendre dans leurs établissements respectifs où ils sont formellement interdits d’accès. La situation était particulièrement tendue à la veille de la visite de Collin Powell. Alors que les responsables du ministère de l’Education nationale peaufinait le nouveau programme de rattrapage des cours non assurés dans les lycées, les élèves de différents établissement se sont déversés dans la rue, déterminés à marcher jusqu’au ministère de l’Education. Ils ont été dispersés par les services de sécurité présents en force sur les lieux de regroupement des élèves. Selon la presse algérienne, cette marche a été déclenchée par l’interpellation de 4 enseignants délégués à Oran. Au delà des revendications du corps enseignant en Algérie, se pose la question clé du pluralisme syndical de ce pays. Jusqu’à présent, malgré l’urgence du moment, des milliers de lycéens sont dans la rue, le ministère de tutelle s’en tient aux sacro-saints principes de la vieille garde algérienne : ne reconnaître qu’un syndicat, en l’occurrence l’UGTA, la seule autorisée sur le sol algérien. Tous les autres, coupables entre autres d’avoir fait entendre un autre son de cloche que l’officiel, ne sont pas invités au débat. Malgré la colère des lycéens, dont les descentes dans la rue risquent de se répéter dans les jours qui viennent, aucun syndicat parmi les « indésirables » n’a pu jusqu’à présent prendre part à ces négociations. Les positions rigides du ministère de tutelle ont été largement critiquées par la presse, notamment par EL Watan qui s’étonne dans sa livraison d’hier à ce que ni les enseignants grévistes, ni les parents d’élèves n’ont pu trouver une voie de sortie honorable face à l’inflexibilité d’en face. Le ras-le-bol du peuple algérien est généralisé: « Que ce soient les enseignants, les populations rurales, les lycéens, les collégiens, les chômeurs ou les travailleurs menacés de chômage, les algériens désabusés n’ont qu’un seul moyen de se faire entendre, celui de descendre dans la rue et d’ériger des barricades », rappelle L’Expression. Même constat dans le quotidien d’Oran qui parle du seul lieu « où les révoltès désarmés ont des chances d’être entendus ». Cette énième crise qui intervient à quelques encablures des élections présidentielles prévues en avril 2004. Les risques de récupération politique du mouvement sont donc bien réelles, comme le souligne El Watan, « Si une main politique venait à pousser les lycéens à une radicalisation de leur mouvement en cette veille d’élection présidentielle, les rues d’Algérie risquent de connaître les mêmes évènements que ceux d’octobre 88». Le fait que le gouvernement ait choisi l’inflexibilité notamment en menaçant de radiation les enseignants grévistes n’est pas pour arranger les choses. Comme l’a dit un observateur étranger sur place, on est loin de la même situation politique qu’en 1988. Mais, hier comme aujourd’hui, on est face au même ras le bol des jeunes. A suivre.

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