Algérie : sale temps pour les journalistes

Algérie : sale temps pour les journalistes

Dur, dur, le métier de journaliste en Algérie. Procès à répétition, plaintes en diffamation, intimidations, emprisonnements, tout est permis dans l’Algérie de Bouteflika pour brimer la presse. Ce feuilleton, monté par les affidés du président algérien, des maîtres-censeurs attitrés, promet de connaître de graves rebondissements dans le courant 2006. 18 personnes risquent de grossir la liste des journalistes emprisonnés, dont le directeur du « Matin », Mohamed Benchikou, incarcéré depuis juin 2004 dans la prison d’El-Harrach (Alger). Dans une lettre adressée au président du Parlement européen, Josep Borrell Fontelles, qui effectue une visite en Algérie du 6 au 12 mars, Reporters sans frontières (RSF) a attiré l’attention sur la persistance des autorités d’Alger à refuser l’accès aux soins à Benchikou, en dépit de la détérioration de son état de santé. Ses «camarades de plume», -près d’une vingtaine de journalistes-, risquent d’être jetés à leur tour en prison. Dernière victime en date, le caricaturiste Ali Dilem qui a été condamné le 11 février 2006, à une année de prison assortie d’une amende de l’ordre de 50 000 dinars. Motif ? Une dizaine de caricatures du président Bouteflika, parues dans le quotidien «Liberté », en octobre et novembre 2003. Au suivant… Le correspondant régional du quotidien arabophone «El Khabar à El-Bayadh» (sud-ouest d’Alger), Bachir El Arabi, vient de purger une peine d’un mois de prison. Il a été jeté en taule pour avoir commis le « délit » de brocarder les agissements des walis des régions « Naâma » et « El Bayadh ». Et ce n’est pas tout… Hakim Laâlam, chroniqueur du quotidien « Le Soir d’Algérie », a été condamné à six mois de prison ferme ainsi qu’à une amende de 250 000 dinars pour sa chronique «La Fessée»; son « tort », semble-t-il, est d’avoir, -encore et toujours-, critiqué le président de la République. On pourrait allonger la liste, mais abrégeons. Jamais l’Algérie n’aura connu autant de bavures anti-journalistiques, le président Bouteflika mériterait, pour cet « exploit », la palme « honorifique» du « lèse-liberté », puisque c’est sous son règne que les poursuites judiciaires contre les « historiens de l’instant » ont battu tous les records. Hier victimes de l’acharnement des intégristes, qui voulaient « combattre par l’épée tous ceux qui veulent combattre par la plume », les journalistes algériens, comme si cela n’avait pas suffi, doivent depuis quelque temps faire face au rouleau compresseur d’un régime tenté d’étouffer toute liberté de ton, ou toute autonomie d’esprit. C’est ce qui explique le maintien du monopole de l’Etat sur la publicité publique et sur la radio et la télévision, réduites à faire de la propagande à un régime resté recroquevillé dans un monde où pourtant tout bouge.

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