Algérie : Une campagne chahutée

Les 23 partis et 123 listes indépendantes en lice affinent, popularisent, tentent de séduire ou de convaincre en cette seconde semaine de campagne, mais rien n’y fait. Appelés à renouveler leur Assemblée Nationale Populaire le 30 mai prochain, les Algériens n’y croient plus. Le président Bouteflika leur avait pourtant assuré, début avril, que « toutes les conditions nécessaires » seraient réunies « pour un déroulement régulier et honnête du scrutin ». Cette fois-ci, il n’est donc pas question de fraude – contrairement au 5 juin 1997 – et la toute nouvelle Commission politique nationale de surveillance des élections législatives (CPNSEL) est là pour y veiller. Les autorités se sont également appliqué à dissuader tout réfractaire.
Dans un communiqué paru le 16 avril, le Ministère de l’intérieur indiquait que « toute personne entravant ou tentant d’entraver le déroulement du scrutin » serait passible de « sanctions pénales ». Appel entendu par le wali de Bejaia. Le journal Liberté paru ce dimanche relevait ainsi que « après avoir adressé des mises en demeure, la semaine dernière, aux maires RCD et FFS, à propos de leur désengagement (…), le wali est passé hier (samedi) à la seconde étape dans ses menaces ». Les responsables de différentes communes ont reçu « des réquisitions en bonne et due forme». Ce qui n’a pas empêché la Coordination intercommunale de Béjaïa d’organiser une grève générale et une marche le même jour… Ce bras de fer entre « les élus du peuple qui refusent de cautionner une mascarade électorale » et les autorités s’est traduit par le même schéma dans d’autres villes comme à Tizi-Ouzou. En Kabylie, le front anti-vote continue d’ailleurs de poser de sérieux problèmes à cette campagne. Le RND, le FLN et plusieurs candidats indépendants ont dénoncé ces derniers jours « les multiples menaces et intimidations », les « représailles populaires annoncées publiquement lors de meetings », les réunions empêchées etc. Mais le front anti-vote (Aârouch, FFS et RCD) leur a répondu qu’il n’y aurait « ni campagne électorale ni scrutin en Kabylie et nous sommes plus que jamais déterminés à empêcher coûte que coûte une telle mascarade électorale ». Aucun meeting n’a effectivement eu lieu depuis le 9 mai dernier dans la région et au moins 12 candidats se sont retirés de la course électorale à ce jour.
Malgré ce contexte pour le moins défavorable, les différentes formations politiques ont entrepris d’affiner leurs discours en ciblant les thèmes les plus porteurs et les plus populaires. Préoccupés par les 20 % de participation annoncés, leurs meetings sont cependant dominés par les appels au vote massif et la menace d’une montée de l’intégrisme. Le Parti républicain progressiste (PRP), dont le cheval de bataille est la lutte contre la corruption et la bureaucratie, a ainsi encore appelé samedi à une participation massive, « reflet d’un choix privilégiant les compétences ». Les deux principales formations de l’Assemblée sortante en ont fait de même, tout en se prononçant sur de grands chantiers tant attendus par la population. Après avoir insisté sur la réforme judiciaire, le Rassemblement national démocratique d’Ahmed Ouyahia, a par exemple souligné la nécessité d’une refonte de l’administration pour « bannir toute forme de corruption et clientélisme». Le Front de libération nationale a quant à lui mis l’accent sur l’agriculture et la privatisation des terres.
Ce week-end, les attentats terroristes ont pour leur part continué d’alimenter le climat de terreur et d’insécurité installé dès les débuts de campagne : un garde assassiné, deux autres blessés à Bouira, le gazoduc Hassi R’mel saboté à l’explosif, deux militaires grièvement blessés à Mizrana… Intervenant dans les colonnes du Matin (édition du 19 mai), Abdesslem Ali-Rachedi, ex-député FFS et ministre de l’Enseignement supérieur sous le gouvernement Hamrouche, dressait l’état des lieux suivant : « dans ces conditions, si les élections se tiennent effectivement, elles seront, selon toute vraisemblance, remportées par les islamistes, avec un effondrement attendu du RND et une relative résistance du FLN. Le paradoxe sera qu’une minorité dans la société, profitant d’une abstention massive, deviendra majoritaire à l’Assemblée ».

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