Allouni : coupable ou bouc émissaire ?

Sept ans de prison. C’est le verdict prononcé, lundi 26 septembre à Madrid, à l’encontre du journaliste vedette de la chaîne qatarie Al-Jazira, Tayssir Allouni. D’origine syrienne, devenu célèbre suite à son interview avec Ossama Ben Laden, Tayssir Allouni a été reconnu coupable pour collaboration avec Al-Qaïda.
Un verdict très décevant, a estimé Waddah Khanfar, directeur général d’Al-Jazira, dans une déclaration à l’AFP. «Nous considérons le verdict comme injuste et nous prendrons contact immédiatement avec l’équipe de défense pour étudier les possibilités de faire appel,» a-t-il affirmé.
La justice espagnole a jugé que le journaliste s’était rendu complice d’Al-Qaïda en obtenant des informations en échange de services rendus à des interlocuteurs dont elle savait qu’ils étaient des terroristes.
Les juges de l’Audience nationale n’ont pas suivi l’accusation, qui demandait une peine de neuf ans de prison contre Tayssir Allouni pour "appartenance" à Al-Qaïda, et n’ont retenu que la "collaboration" qu’ils ont sanctionnée d’une peine de sept ans.
D’après ces juges, l’auteur de la plus célèbre interview d’Oussama Ben Laden n’est donc pas un terroriste actif mais un journaliste qui a aidé des terroristes en échange d’informations privilégiées. De ce fait, il devint leur complice.
Dans la sentence rendue lundi, les juges ont estimé que «la vérité informative, pas plus que les autres vérités, ne peut être obtenue à n’importe quel prix. Tayssir Allouni, en voulant l’obtenir via l’assistance à des individus du calibre de Moustapha Setmarian et Mohamed Bahaiah, s’est rendu coupable du délit de collaboration avec une organisation terroriste.» Fin de citation.
Moustapha Setmarian, lui aussi d’origine syrienne, est considéré par la justice espagnole comme le fondateur de la première cellule d’Al-Qaïda en Espagne.
Inculpé et recherché à ce titre, il est parti fonder des camps d’entraînement jihadistes en Afghanistan en 1997 et été remplacé en Espagne par Imad Eddine Barakat Yarkas, alias Abou Dahdah, condamné lors du même procès comme complice des attentats du 11 septembre 2001.
Selon la Cour madrilène, le journaliste a aidé ces responsables d’Al-Qaïda, non pas gratuitement, mais pour obtenir d’eux des informations exclusives et précieuses sur Al-Qaïda et le régime taliban.
Entre autres gestes concrets dans le cadre de ses "intenses relations" avec de hauts responsables d’Al-Qaïda, Allouni est convaincu d’avoir convoyé 4.000 dollars jusqu’en Afghanistan pour le compte de Mohamed Bahaiah.
Les juges considèrent qu’en échange de ce type de services, il a obtenu de Setmarian le 21 octobre 2001 une interview avec Oussama Ben Laden, devenu à l’époque l’homme le plus recherché au monde.
Cette interview, qui avait rendu célèbre le journaliste et sur laquelle le juge Baltasar Garzon l’avait interrogé avec minutie durant l’instruction, n’avait pas été diffusée par Al-Jazira.
Selon le récit du journaliste, l’entretien avait été filmé par un caméraman d’Al-Qaïda, et Ben Laden n’avait répondu qu’à certaines questions de la liste qui lui avait été soumise. Al-Jazira avait décidé de ne pas diffuser l’interview, mais sa concurrente américaine CNN s’était procuré une copie, de façon illégale selon la chaîne arabe, et en avait diffusé des extraits début 2002.

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