Amman emploie la manière forte

«La situation est stable à Maan et sous le contrôle des forces de sécurité mais des membres de la bande de hors la loi, soutenue par des trafiquants de drogue, continuent à tirer sur les forces de sécurité» a déclaré lundi soir le gouverneur local, Mohammad Breikat. «En ce moment même, ils sont en train de tirer sur les forces de sécurité qui font preuve de sang froid pour éviter l’effusion de sang de la population innocente », a-t-il ajouté, alors que la ville du sud achevait lundi son deuxième jour de couvre-feu.
La veille, des centaines de jeunes armés s’étaient opposés aux unités spéciales jordaniennes à la recherche de plusieurs islamistes. Maan a toujours été considérée comme un repère intégriste, et de nombreux affrontements s’y sont déjà déroulés de manière épisodique. Ceux de dimanche avaient pour objectif officiel : d’arrêter des militants impliqués dans le récent meurtre d’un diplomate américain. Les combat avaient fait au moins quatre morts – un policier et trois habitants – et des dizaines de blessés. La police avait arrêté 25 personnes, que le conseil des anciens de la tribu locale refusait de livrer. Dans la soirée, le ministre de l’information Mohamad Adwan avait déclaré que des étrangers figuraient parmi les détenus. Un Syrien et un Indien, soupçonnés de liens avec le groupe d’extrémistes recherchés, étaient d’ailleurs interrogés lundi. Des Irakiens et égyptiens ont aussi été interpellés alors qu’ils tentaient de cacher des armes.
Lundi, les forces de l’ordre encerclaient toujours le quartier de Al-Tour où étaient confinés cinq dirigeants intégristes «munis de nombreuses armes», selon le ministre. D’après M. Adwan, «cette zone est utilisée depuis longtemps par des trafiquants qui y cachent leurs butins (et) les membres du groupe recherchés en ont fait leur quartier général». La police recherchait surtout Mohammad Chalabi (alias Abou Sayyaf), et quatre de ses adjoints, tous affiliés au groupe «Takfir Wal-Hijra». Présentée comme une opération menée dans le cadre de l’assassinat, le 28 octobre, de Lawrence Foley, responsable dans le pays de l’agence américaine USAID, cette intervention militaire avait été précédée par l’arrestation d’une centaine d’islamistes.
En voulant rétablir ainsi l’ordre, Amman chercherait surtout, à neutraliser des personnes susceptibles de provoquer des troubles dans la perspective d’une guerre en Irak. Le parti du Front d’action islamique avait d’ailleurs récemment mis en garde les autorités contre une «escalade de la situation et l’ampleur de ses répercussions» sur la sécurité nationale. Les Frères musulmans avaient aussi appelé les autorités à s’abstenir de toute démonstration de force excessive. «Le gouvernement peut poursuivre des fugitifs recherchés sans cette violence et sans terroriser des innocents», avaient-ils estimé la semaine dernière.

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