Ankara contre la création d’un Etat kurde

Objet de discussions au sein des plus hautes instances américaines, la question d’une intervention armée en Irak provoque les réticences de la plupart des Etats. Parmi eux, la Turquie… Interrogé par la presse mardi soir, le chef d’état-major turc Huseyin Kivrikoglu a ainsi déclaré craindre la concrétisation d’une telle attaque qui pourrait selon lui provoquer à terme la formation d’un Etat kurde. Si Ankara, proche alliée des Etats-Unis, soutient avec force la campagne anti-terroriste, elle mène aussi depuis longtemps une sanglante guerre contre des indépendantistes kurdes à l’intérieur même de ses frontières. Et ne veut surtout pas que le conflit reprenne si les Kurdes vivant du côté irakien obtiennent un Etat. «L’Irak a-t-il commis une nouvelle erreur ? Ou règle-t-on les comptes d’il y a dix ans ?», s’est interrogé le chef d’état-major turc. ` «S’il y a une (telle) opération, la Turquie va avoir de sérieux problèmes. La formation d’un Etat kurde pourrait faire partie du programme», a-t-il estimé tout en précisant que «non seulement tous les pays arabes, mais aussi la Russie, sont contre une division de l’Irak et la création d’un pays à base ethnique». Si la question de frappes contre l’Irak ne fait pour l’instant qu’agiter la presse et les milieux politiques américains, Ankara pense déjà aux conséquences. La création d’un Etat kurde dans le Nord irakien, actuellement contrôlé – et ce depuis la fin de la guerre du Golfe en 1991 – par deux factions kurdes, relancerait les velléités séparatistes de la minorité présente sur son sol. Au moment même où les autorités ont plus ou moins réussi à réduire au silence la guérilla du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) après 15 ans de lutte et l’emprisonnement de leur chef Abdullah Ocalan (condamné à mort le 29 juin 1999)… Cette opposition de la Turquie à une potentielle attaque sur l’Irak pourrait en tout cas représenter un obstacle important pour l’Administration américaine qui subit déjà les mises en garde des Nations Unies. Le pays servait en effet de base-arrière pour les attaques contre l’Irak pendant la guerre du Golfe de 1991 et a depuis accueilli des avions de guerre américains et britanniques pour renforcer une zone d’exclusion aérienne au-dessus du nord de l’Irak. Le général turc a en outre estimé qu’une telle intervention militaire aurait des répercussions encore plus graves pour la Turquie que lors du conflit en 1990. «Il y aura encore davantage de problèmes pour la Turquie et ils ne seront pas limités au commerce et à l’oléoduc» reliant l’Irak à la Turquie, a-t-il ajouté. Ankara estime à plus de 35 milliards de dollars les pertes subies par son économie depuis le début de l’embargo contre l’Irak.

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