Après Frances, Jeanne s’abat sur la Floride

Dimanche à l’aube. C’est le moment que choisit Jeanne, le cyclone terrible, pour annoncer son arrivée en trombe avec des pluies qui tombent en cordes et des vents dont la violence déracine facilement les arbres les plus enracinés. Le bilan qu’il a laissé à Haïti accentue la peur des habitants de la Floride et l’inquiétude des autorités. En effet, Jeanne a fait près de 1.400 morts et plus d’un millier de disparus sans parler des 3.000 blessés lors de son passage, la semaine dernière, à Haïti. Là où des soldats marocains s’apprêtent à aller bientôt (dans le cadre d’une démarche coordonnée et conjointe maroco-espagnole dans un contingent militaire commun au sein de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti « MINUSTAH »). Les autorités ont demandé à trois millions d’habitants d’évacuer les zones côtières les plus menacées, où Frances avait occasionné des dégâts matériels évalués à plusieurs milliards de dollars. Un calme trompeur régnait en Floride, dans l’oeil du cyclone qui s’enfonçait dans les terres, tandis qu’à quelques kilomètres de là les localités faisaient face aux coups de boutoir des rafales de pluie et de vent de 160 km/h. Il a atteint les côtes de Floride par l’île Hutchinson, à 65 km au nord de West Palm Beach, et à moins de 2 kilomètres de l’endroit où Frances avait touché l’Etat du sud-est des Etats-Unis, il y a trois semaines, selon le Centre national des ouragans (NHC).
Les vents sur la côte ont atteint, en revanche, 193 km/h au nord de Palm Beach, toujours selon le NHC. De nombreux habitants se battaient pour protéger leurs habitations déjà endommagées par Frances. Certains déployaient des bâches de toile ou de plastique pour remplacer les tuiles envolées comme des cartes de jeu.
La tempête tropicale baptisée Jeanne s’est renforcée pour devenir un cyclone de catégorie 3 sur l’échelle de Saffir-Simpson qui en compte 5, selon le NHC basé à Miami. Depuis 1851, date à laquelle remontent les premières archives météorologiques, la Floride n’a jamais connu quatre ouragans successifs dans la même saison. Le gouverneur Jeb Bush a écrit à son frère, le président George Bush, pour lui demander de préparer une aide fédérale d’urgence. Près de 3.500 gardes nationaux ont été déployés pour être prêts à intervenir après le passage de l’ouragan. Il faut rappeler qu’en Haïti, la déforestation massive et incontrôlée alimentée par la pauvreté, a eu un effet aggravant lors des glissements de terrain et des inondations dans la région des Gonaïves, dans le nord-ouest du pays, où plus de deux mille habitants sont morts ou portés disparus.
« Dans un pays déboisé, la végétation ne retient pas l’eau. La couche de terre arable est emportée par les eaux. C’est particulièrement le cas en Haïti, notamment à cause de l’agriculture sur brûlis », souligne Randolf Gilbert, un expert des Nations unies, cité par l’AFP. Une situation géographique qui a favorisé l’amplification des dégâts et par ricochet des malheurs des pauvres habitants de Haïti. Ces derniers continuent de patauger dans la boue et peinent à retrouver une vie normale dans leur cité ravagée par les flots furieux de la tempête tropicale, Jeanne. L’électricité était toujours coupée, notamment dans Gonaïves, cette ville de 250.000 habitants qui sont en partie nourris par la communauté internationale. Les réseaux d’eau potable et d’évacuation des eaux usées, peu efficaces en temps normal, dévastés par la montée brutale des eaux, sont tous inutilisables. Les organisations humanitaires internationales, comme la Croix-Rouge, ont entrepris, samedi, d’installer des citernes souples permettant de stocker l’eau potable puis de la distribuer par un réseau de tuyaux souples. Les météorologues s’étonnent du nombre de cyclones cette saison. « C’est inimaginable.
Cette année va rester comme quelque chose dont nous parlerons à nos petits-enfants », déclare à l’AFP Max Mayfield, directeur du NHC dont le siège est à Miami. Avant Jeanne, c’était Charley, Francis et Ivan qui ont fait des dizaines de morts et réduit en cendres des milliers d’habitations. Ivan a tué plus de 130 personnes la semaine dernière aux Etats-Unis et dans les Caraïbes. Avant lui, Charley et Frances avaient fait des dizaines de morts et détruit des milliers d’habitations en Floride. Les jours qui viennent apporteront sûrement de nouveaux bilans signés Jeanne.

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