Arafat défié par les siens

Yasser Arafat a essuyé mercredi dernier une des crises les plus importantes qu’il ait eu à affronter depuis son retour d’exil en 1994. Son décret fixant la date des élections au 20 janvier n’avait pas suffi à calmer la colère des membres du Conseil législatif déterminés à voter une motion de censure contre le gouvernement. Remanié en juin dernier, celui-ci avait d’ailleurs rapidement attisé les critiques internes, tant au niveau de l’opinion que des responsables palestiniens. Les débats avec les députés s’annonçaient donc avant même l’ouverture de la session du CLP lundi dernier, difficiles. Ce jeudi, les discussions au sein du Parlement ont été arrêtées.
Reste à présent à Yasser Arafat à former une nouvelle équipe, et ce dans les deux semaines à venir. Les Palestiniens réclament un remaniement de fond en comble d’une administration qu’ils accusent de corruption et qui a été selon eux insuffisamment purgée en juin. «Tous nos efforts doivent tendre vers l’union et le maintien de l’unité nationale afin de nous débarrasser de l’occupation israélienne», a déclaré jeudi Nabil Abou Rdainah, un des plus proches conseillers de Yasser Arafat. Certains députés réclament même la nomination d’un premier ministre, qui gérerait au jour le jour les affaires palestiniennes avec une équipe «à laquelle le peuple fait confiance et qui soit capable de relever les défis politiques et sécuritaires actuels ». Cette idée est d’ailleurs largement soutenue par les Etats-Unis qui voient un moyen de marginaliser Yasser Arafat.
Le président de l’Autorité saura-t-il répondre à la vague de contestations qui a atteint son paroxisme au sein de l’instance parlementaire ? Symbole depuis plus de 40 ans du nationalisme palestinien, Yasser Arafat a certes essuyé un grave revers mercredi, mais il n’a plus à prouver qu’il est un dirigeant coriace et déterminé. Agé de 73 ans et déclaré politiquement mort, fin juin, par le président américain George W. Bush, il a pourtant annoncé qu’il serait encore là lors de l’élection présidentielle de janvier prochain. Et figure toujours en tête dans les sondages.
Assiégé depuis décembre 2001 dans son Q.G de Ramallah, le dirigeant a tenté de garder active une direction bientôt affaiblie puis paralysée par les attaques militaires israéliennes. En dépit de toutes les restrictions dont il fait l’objet, le président a su depuis 1994 en Cisjordanie comme dans la bande de Ghaza, préserver son pouvoir, sous le regard d’Israël.
L’Etat hébreu s’est d’ailleurs peut-être réjoui un peu trop vite ce mercredi, croyant voir ce leader qu’il rêve d’«éliminer», lâché par les siens. Le revers subi par Yasser Arafat équivalait à un véritable « vote de défiance » pour le dirigeant, selon le chef des renseignements de l’armée israélienne, le général Aharon Zeevi. «Quand sera-t-il maintenant remplacé, je ne le sais pas. Il s’agit d’un processus lent et profond, qui dépend beaucoup de nous (Israël) des Etats-Unis, et de la victoire des Américains dans l’attaque contre l’Irak si celle-ci doit avoir lieu» a ajouté le général, dont les propos ont été rapportés jeudi par la radio. Le ministre israélien de la défense, Binyamin Ben Eliezer a pour sa part estimé que «nous assistions à la lutte d’un ordre nouveau contre l’ordre ancien. Peut-être assistons-nous au début d’une ère nouvelle».
Le chef de la diplomatie israélienne Shimon Pérès s’est quant à lui félicité du «débat survenu au sein du Parlement palestinien», qui selon lui «est la preuve significative du tournant démocratique» pris par la société palestinienne. Une société assiégée qui demande seulement qu’on veuille bien lui accorder les conditions nécessaires à la poursuite d’un débat qui devrait l’amener jusqu’aux urnes. Des conditions qui passent par la non-ingérence dans la vie politique palestinienne, par le retrait de l’armée israélienne, par l’arrêt des violences, des destructions et des restrictions.

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