Arafat face à une crise politique

Annoncée par Yasser Arafat, la date des prochaines élections présidentielle et législatives a officiellement été fixée ce mercredi au 20 janvier prochain. Si pour beaucoup cette décision a été longue à venir, elle venait en tout cas à point nommé pour éviter au dirigeant une confrontation difficile avec les membres du Conseil législatif palestinien.
A l’occasion de cette troisième journée de session, les parlementaires devaient en effet accorder ou non leur vote de confiance au gouvernement remanié en juin dernier. Déjà contesté par plusieurs responsables y compris au sein du Fatah, le parti de Yasser Arafat, ce vote avait été repoussé mardi d’une journée. Seulement, en annonçant la date des élections, le président palestinien a transformé de facto le nouveau cabinet en gouvernement « provisoire » et pensait dans le même temps éviter toute nécessité d’investiture. Mercredi, lorsque le président du CLP, Ahmed Qoreï, a lu à tribune du Conseil le décret fixant la date des élections, certains parlementaires ont d’ailleurs protesté, arguant que la direction avait utilisé un «subterfuge juridique» pour éviter le débat politique. Avant d’établir le décret, Yasser Arafat savait en effet que l’issue du vote lui était défavorable. Il avait même consulté en ce sens des membres de son parti, notamment Jamal Shaati, député pour la région de Jénine. Ce dernier avait indiqué dès mardi que la «tendance était de voter contre» ce gouvernement formé sous pression internationale. Nombreux parlementaires étaient aussi sceptiques quant à l’objet du vote lui-même, Yasser Arafat ayant précisé qu’il ne devait concerner que les cinq nouveaux ministres nommés et non l’exécutif dans son entier.
Face à cette crise de taille, les ministres palestiniens eux-mêmes ont ensuite soumis leur démission au président pour éviter, à leur tour, de subir la défiance du Parlement. Yasser Arafat a aussitôt accepté leur démission, selon le président du CLP, un événement qui représente le premier obstacle sérieux pour Yasser Arafat. «Il y a une crise de confiance», a même commenté le député Fatah Salah Taâmeri. Le dirigeant palestinien a désormais deux semaines pour présenter un nouveau cabinet devant le Parlement après que celui remanié il y a trois mois ait essuyé de vives critiques. Certains ministres étaient en effet accusés de corruption, d’autres d’incompétence. Yasser Arafat avait pourtant tenté de répondre aux exigences américaines et israéliennes en nommant cinq nouveaux ministres, dans le cadre d’une réforme générale réclamée.
«Des changements de façade» estimaient déjà des responsables palestiniens. Mercredi, de source diplomatique américaine, on indiquait que si les Palestiniens avaient évidemment le droit de choisir leurs dirigeants, la date du scrutin fixée au 20 janvier était trop proche. «Nous pensons que le terrain doit être préparé avant cela», a déclaré Paul Patin, porte-parole de l’ambassade des Etats-Unis à Tel-Aviv.
Le ministre israélien sans portefeuille Reuven Rivlin a, quant à lui, déclaré que les Palestiniens devaient savoir que s’ils réélisaient Yasser Arafat, «nous continuerons de les traiter comme un peuple dirigé par un terroriste».

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