Attentat anti-chiite et émeutes anti-sunnistes au Pakistan

Ce nouvel épisode de violences interconfessionnelles, qui ont fait plus de 4.000 morts au Pakistan depuis le début des années 90, est intervenu à l’issue d’une procession d’Achoura au cours de laquelle les chiites célèbrent le "martyre" du petit-fils du prophète Mohamed, l’imam Hussein, lors de la bataille de Kerbala (Irak) en 680.

Une première explosion s’est produite alors qu’environ un millier de chiites s’apprêtaient en fin de matinée à écouter des discours de leurs leaders à l’issue de la procession, qui comprend notamment des séances sanglantes d’auto-flagellation, a expliqué à l’AFP un policier local, Bashir Ahmed.

"Je suivais la procession et une tribune était prête dans le bazar de Hangu pour les discours des leaders. C’est lorsque Khurshid Anwar Sajjadi s’est approché de la tribune qu’il y a eu une grosse explosion", a-t-il raconté.

"Il y a eu un mouvement de panique dans la foule et deux autres explosions et alors c’est devenu le chaos", a raconté le policier.

Khurshid Anwar Sajjadi, un responsable chiite local, a confirmé l’explosion à l’AFP et estimé qu’il devait s’agir d’un attentat-suicide, "car il n’y avait pas de place pour cacher une bombe près de l’estrade".

En colère, les chiites ont alors commencé à incendier des voitures et des magasins et ont attaqué des sunnites. Les émeutes ont ensuite gagné l’ensemble de la ville.

"Vingt-trois morts se trouvent à l’hôpital et 22 blessés ont été évacués de Hangu", a indiqué Rifaat Pasha, le chef de la police de la Province-Frontière du Nord-Ouest (NWFP) dont dépend Hangu.

Quatre autres personnes ont été tuées par balles dans un minibus à Saidan Banda, à la périphérie de Hangu, où se sont étendues les émeutes, a indiqué un haut responsable des services de sécurité.

Quatre chauffeurs routiers ont également été tués lors de l’attaque par des émeutiers de leurs camions à Ibrahimzai, également en périphérie de Hangu, a ajouté ce responsable sous couvert d’anonymat.

Parmi les victimes, a précisé le maire de Hangu, Ghaniur Rehman, figurent des sunnites tués dans les émeutes.

"Selon nos informations, il y a encore des cadavres dans les rues et en raison de la situation encore tendue, personne ne peut aller les chercher", a expliqué le maire de cette ville de 90.000 habitants, à 175 km à l’ouest d’Islamabad et à une cinquantaine de kilomètres de la frontière afghane.

L’armée, des forces para-militaires et des pompiers ont été dépêchés vers Hangu pour y rétablir l’ordre, a affirmé le ministre pakistanais de l’Intérieur Aftab Sherpao en avançant l’hypothèse d’un "possible attentat-suicide".

"L’ordre commence à se rétablir, mais la situation reste très tendue dans plusieurs quartiers de la ville", a affirmé à l’AFP le maire de Hangu en milieu d’après-midi.

Des responsables locaux ont attribué l’attentat à des extrémistes sunnites qui contestent le caractère musulman du chiisme et s’attaquent régulièrement à des cérémonies chiites.

Les processions d’Achoura constituent une cible privilégiée de ces extrémistes sunnites.

Aucun incident grave n’avait été enregistré l’an dernier, mais en 2004 les célébrations d’Achoura avaient été marquées au Pakistan par de multiples violences contre les chiites, notamment à Quetta (sud-ouest) où au moins 48 personnes avaient été tuées.

Hangu avait déjà été le théâtre de violences interconfessionnelles qui avaient fait 12 morts en 2001 durant l’Achoura.

Les chiites représentent 15 à 20% des 150 millions de Pakistanais, musulmans à 97%.

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