Barghouti, symbole de la résistance

Barghouti, symbole de la résistance

Depuis toujours, Marouane Barghouti revendique la résistance par tous les moyens à l’occupation israélienne, ce qui en fait une cible potentielle. Mais on lui reconnaît également une parfaite connaissance de la société israélienne. Aussi, le talent prometteur de jeune responsable qui peut s’avérer à l’avenir un interlocuteur de choix est un fait qu’on estime à juste titre. Populaire, railleur, polyglotte et bon connaisseur de la société israélienne, le jeune député palestinien embarrasse éperdument les autorités israéliennes. Il est actuellement accusé d’être le chef d’orchestre clandestin des Brigades des Martyres d’Al-Aqsa, Une accusation que Barghouti rejette tout en affirmant leur droit à la résistance. Les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa ont vu le jour au début de la seconde Intifada. Ses membres ont d’abord ciblé leurs attaques contre les militaires et colons israéliens dans les territoires occupés, avant de se convertir aux attentats suicide lorsque leurs dirigeants ont été visés par Tsahal. L’estime dont fait l’objet Marouane Barghouti, ainsi que le charisme qui entoure sa personne, ne sont cependant pas le fruit du hasard. L’homme qui ne mâche jamais ses mots est réputé pour son franc parlé virulent et acerbe. Lors de sa dernière comparution, il a dénoncé, dans un hébreu impeccable, la justice israélienne qui fait illégalement son procès. En effet, refusant que sa défense soit prise par des avocats, Barghouti a de nouveau récusé la justice israélienne, qu’il estime non-habilitée à le juger en tant qu’élu palestinien sous occupation. « La cour est l’auxiliaire de l’occupation israélienne et il ne peut y avoir de justice de la part du système judiciaire à l’égard du peuple palestinien », a-t-il affirmé, soulignant que « L’Intifada a été une réaction claire à l’occupation et à la colonisation ainsi que l’expression de la frustration du peuple palestinien devant la non-application des accords d’Oslo ». Le jeune dirigeant palestinien s’est déclaré confiant que la seconde Intifada fera comprendre à Israël que le peuple palestinien ne peut être mis au pas par la force. « Je suis contre le meurtre d’innocents. Mais nous devons combattre l’occupation dans les territoires. Nous voulons un Etat (…) Je suis fier de la résistance à l’occupation israélienne. Mourir est mieux que vivre sous occupation. » Depuis le début de l’insurrection palestinienne consécutive à la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées et à la sanglante répression qu’elle avait suscitées, en septembre 2000, Marouane Barghouti est la voix et le visage de l’Intifada. Cadre turbulent du Fatah, la principale force politique palestinienne que préside Yasser Arafat, il a pris de court sa direction et imposé un mot d’ordre clair et simple : le processus de paix lancé en 1993 a débouché sur une impasse ; les règles du jeu doivent changer ; la lutte armée ira désormais de pair avec la négociation pour mettre fin à l’occupation israélienne des territoires conquis en 1967. À 43 ans, la détention n’est pas une nouveauté pour lui. Comme la plupart des cadres palestiniens, il traîne derrière lui un nombre respectable d’années de prison et d’exil. Né en 1959 dans le village de Kober et marié à une avocate, il a grandi au sein d’une famille modeste et a dû travailler dans des restaurants de Jérusalem-Est pour pouvoir payer ses études, tout en menant de front des activités politiques qui l’ont rapidement mis en évidence. En 1978, son activisme précoce lui vaut une première condamnation à quatre ans et demi de prison. Il passera ultérieurement par la plupart des établissements pénitenciers israéliens. Derrière les barreaux, il apprend l’hébreu et côtoie les grands noms du mouvement national palestinien, dont Jibril Rajoub, le futur chef de la Sécurité préventive palestinienne pour la Cisjordanie. Libéré en 1983, il reprend à l’université de Bir Zeit les études d’histoire et de sciences politiques entamées en prison. Auteur d’un mémoire sur l’histoire des relations franco-palestiniennes, président de l’Union des étudiants de l’université, il fonde en même temps la Chabiba, le mouvement de jeunesse du Fatah, interdit par Israël. Succède ensuite une série d’arrestations et de périodes de clandestinité, jusqu’au début de la première Intifada en 1998 où son bannissement fut prononcé. L’amnistie décrétée lors des accords d’Oslo mit fin à son exil et lui permit de retourner au pays. À son retour en Cisjordanie, Marouane Barghouti s’est fait l’avocat du processus de paix qui devait aboutir théoriquement à l’Etat palestinien en 1999. Il devient un interlocuteur familier de la presse israélienne, dont il connaît bien les arcanes. La seconde Intifada lui permettra de s’accaparer les devants de la scène au Proche-Orient et sa popularité prendra des dimensions énormes, jusqu’à culminer après son arrestation. Un acte israélien de plus qui s’inscrit contre la légalité internationale, mais qui est cher pour l’État hébreu, qui aspire en réalité juger l’Intifada à travers le procès de Marouane Barghouti.

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