Belgique : L’extrême droite fait un carton

Belgique : L’extrême droite fait un carton

La formation politique du Premier ministre belge Guy Verhofstadt a subi dimanche une lourde défaite aux élections régionales, où la fulgurante progression de l’extrême droite a éclipsé le scrutin européen. La situation est très contrastée dans un royaume gouverné par une coalition de socialistes et de libéraux depuis 1999.
Si, en Wallonie et à Bruxelles, ces formations renforcent leur implantation au niveau régional malgré une petite percée du Front national, en Flandre le résultat est médiocre pour les socialistes et désastreux pour le VLD, le parti libéral de Guy Verhofstadt, selon des résultats presque complets.
L’opposition sociale-chrétienne, abonnée au pouvoir depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, redevient le premier parti de Flandre, à 26% des voix contre 21,4% aux législatives de mai 2003, devançant clairement le VLD, qui tombe de 24,4% des voix en 2003 à 20% dimanche, l’un de ses plus mauvais scores.
Mais le véritable coup de tonnerre de cette élection régionale est la nouvelle progression, beaucoup plus forte que prévu par les sondages, de l’extrême droite flamande du Vlaams Blok, qui passerait de 18,1% en 2003 à 24% des voix, devenant ainsi le deuxième parti du nord du pays.
« Ce sont les extrémismes et les nationalismes qui gagnent », a déclaré le ministre (libéral) des Affaires étrangères, Louis Michel à la télévision RTL-TVI. « C’est un vote nauséeux. »
« C’est abominable », a déclaré Francis Delperee, un constitutionnaliste devenu candidat social-chrétien. Le « Blok » ne semble pas souffrir, bien au contraire, des revers subis ces derniers mois par la formation. Plusieurs de ses organisations satellites ont été déclarées « racistes » par la justice belge, tandis que certains de ses dirigeants s’illustrent surtout à la rubrique faits divers.
« Un tribunal belge nous a condamnés, mais le peuple flamand nous a libérés, » s’est réjoui le président du Vlaams Blok, Frank Vanhecke, triomphant après la victoire de son parti, qui dépasse le tiers des voix dans la deuxième ville du pays, Anvers.
Dans un récent sondage de La Libre Belgique, 50% des Flamands souhaitent même que ce parti, qui prône l’indépendance de la Flandre – son slogan est « Belgique, crève! », l’expulsion massive des immigrés et dont une faction tire ses racines de la collaboration avec les Nazis, soit associé au pouvoir. Même si aucun parti ne se dit prêt à gouverner, même à l’échelon régional, avec une formation qui n’a cessé de progresser depuis 20 ans, fait unique en Europe occidentale, ce résultat a donc de quoi inquiéter le pays.
Dans l’immédiat, il complique la tâche de Guy Verhofstadt.
La défaite est en effet surtout un problème des libéraux.
Le VLD s’est déchiré en public sur l’octroi du droit de vote aux étrangers non-communautaires aux élections locales.
Guy Verhofstadt a quant à lui promis la création de 200.000 emplois, un objectif qui s’est avéré hors de portée, et l’opposition a eu beau jeu de lui prêter des ambitions européennes plus importantes pour lui que la gestion du pays. Les libéraux font mine de rester flegmatiques, soulignant que le gouvernement continue à disposer d’une très confortable majorité au niveau fédéral, obtenue il y a un an à peine. « Le fédéral, c’est le fédéral », a dit Louis Michel. Le gouvernement fédéral va de l’avant, » a renchéri Verhofstadt en minimisant le recul de son parti et le progrès de l’opposition sociale-chrétienne.
Ce calme apparent s’explique par le fait qu’une majorité alternative entre socialistes et sociaux-chrétiens ne dispose d’une majorité ni au Parlement flamand, ni au fédéral. Il leur faudrait au niveau flamand l’appoint des libéraux ou des écologistes, mais ce sont les sociaux-chrétiens qui auront la main dans les négociations qui commenceront dès lundi.
Les tensions communautaires risquent d’être très fortes. Si tous les partis flamands, poussés par le Vlaams Blok, réclament encore plus d’autonomie, notamment en scindant la sécurité sociale, ce dont les Francophones ne veulent pas, les sociaux-chrétiens sont les plus radicaux sur ce dossier. Devenus eux-mêmes confédéralistes, ils se présentaient en effet aux élections en cartel avec le NVA, un petit parti nationaliste au programme carrément séparatiste.
Quoi qu’il arrive, la Belgique se prépare donc à un après-13 juin qui risque fort de miner encore un peu plus l’unité d’un pays qui ne tient plus qu’à quelques fils.

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