Bernard Kouchner tente de rassurer une Algérie inquiète

Bernard Kouchner tente de rassurer une Algérie inquiète

Deux grands ministres de la république française et non des moindres à Alger en l’espace d’une semaine six mois seulement après la visite d’Etat de Nicolas Sarkozy. Cela ne s’est pas vu depuis des lustres. Un fait suffisamment rare pour attirer l’attention et soulever les interrogations, suffisamment originales pour exciter les curiosités. Il s’agit de la ministre de l’Intérieur Michelle Alliot-Marie qui vient d’achever une visite placée sous le chapitre récurent de la coopération sécuritaire entre les deux pays et du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner attendu ce lundi en Algérie.
 Cette activité diplomatique ne reflète pas un regain de chaleur dans les relations entre les deux pays dont les célébrations de l’histoire commune sanglante vient encore de donner la preuve de sa permanente sécheresse : «Nous sommes extrêmement attentifs à toutes les voix qui s’élèvent en France pour rompre avec le déni de l’histoire, en particulier en ce qui concerne le 8 Mai 1945», avait encore dit le président Abdelaziz Bouteflika, l’air de lancer un défi et de poser les jalons du marchandage de la réconciliation.
 Bernard Kouchner se rend aujourd’hui à Alger porteur d’un message important de Nicolas Sarkozy à son homologue algérien. Le Quai d’Orsay avait tenu à préciser les contours d’un tel déplacement : «Le principal objectif de ce déplacement est d’aborder avec nos partenaires algériens le dossier de l’Union pour la Méditerranée, dont l’Algérie doit être un acteur majeur».
Il faut dire que depuis que Nicolas Sarkozy avait proposé début mars que l’Union méditerranéenne sera «coprésidée par un président de la rive nord et un président de la rive sud» et que son Premier ministre François Fillon avait proposé que son siège soit installé dans un pays du sud, l’excitation est à son comble à Alger.
 Lors de la visite de Michelle Alliot-Marie, la presse algérienne avait laissé entrevoir les angoisses qui tourmentent le pouvoir algérien. Quand elle n’affirme pas comme une vérité absolue que dans l’architecture voulue par le président Sarkozy, Hosni Moubarak «se verrait intronisé co-président avec un chef d’Etat ou de gouvernement de la rive nord, de l’UPM (et que) le Maroc s’est vu promettre, fermement, le poste de secrétaire général», la presse d’Alger  avertit qu’«une éventuelle mise à l’écart de l’Algérie discréditerait ce projet (et) porterait un sérieux coup aux intentions réelles du président Sarkozy». Michelle Alliot Marie ne semblait pas disposer des arguments adéquats pour dégoupiller ce pessimisme. D’où l’entrée en scène d’un artiste du verbe comme Bernard Kouchner.
Coprésidence tournante possible pour la France et l’Egypte, secrétariat général partagé probable entre le Maroc et la Tunisie, les Algériens craignent que le gâteau méditerranéen ne s’évapore devant leur nez. Et ce qui confirme d’avantage leurs craintes est le brusque regain d’activité et de lobbying de la diplomatie égyptienne qui annonce pour le 24 mai la tenue au Caire d’une réunion ministérielle des pays arabes impliqués dans le fameux «processus de Barcelone».
 Mais la grandes question que l’ensemble des chancelleries se pose ouvertement est la suivante : Que contient la cabas de Bernard Kouchner destiné à faire taire les angoisses algériennes ?  De quelles promesses et de quelles concessions est-il porteur vers cette Algérie inquiète d’être isolée et marginalisée dans un processus dont elle ne semble maîtriser aucune phase ?
La diplomatie française, qui a longtemps cru que les grandes difficultés de son échafaudage méditerranéen lui viendraient de ses alliées et voisins du Nord envieux de son dynamisme, est en train de découvrir les délices des jalousies morbides qui minent ses partenaires du Sud et de la guerre du leadership qui motive ses chefs. Il va sans dire que, pour Nicolas Sarkozy comme pour Bernard Kouchner, l’image cauchemardesque à éviter  à tout prix est celle d’une famille méditerranéenne réunie le 13 juillet à Paris amputée d’un grand pays méditerranéen comme l’Algérie. Le triomphe politique aurait un goût d’échec diplomatique patent.

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