Blair «impoli», Chirac en colère

«Vous avez été très mal élevé et on ne m’avait jamais parlé comme ça auparavant». C’est ainsi que, devant plusieurs responsables européens, le président français a interpellé le chef du gouvernement britannique vendredi dernier, lors du sommet des Quinze à Bruxelles sur le financement de l’élargissement de l’UE. Tony Blair n’avait alors pas caché son mécontentement, allant– selon certains journaux– jusqu’à boycotter la clôture de la réunion qui avait entériné un accord franco-allemand sur le financement de la PAC (Politique agricole commune).
Paris avait par contre une nouvelle fois remis en cause la faible participation de Londres (obtenue par un accord en 1984) au budget de l’Europe. Ce «chèque britannique» avait été justifié par le fait que Londres profitait moins des aides à l’agriculture que des pays comme la France. Aujourd’hui, l’accord conclu entre Paris et Berlin place la Grande-Bretagne en situation délicate. Mardi, le chancelier allemand est d’ailleurs venu apporter son soutien à la France, promettant une «étroite collaboration» avec son voisin sur les questions de l’avenir de l’Union européenne.
Derrière le conflit Chirac-Blair, certains analystes ont aussi vu une lutte pour le pouvoir au sein de l’Europe. «Tony Blair veut mettre la Grande-Bretagne au coeur de l’Europe, et pas sur le bord comme au temps de Margaret Thatcher, et il a eu l’impression d’être marginalisé» vendredi à Bruxelles, a estimé mardi M. Begg, spécialiste des questions européennes à la London school of Economics. Jacques Chirac, débarrassé de cinq années de cohabitation avec la gauche, souhaite dans le même temps réaffirmer les prérogatives françaises sur l’UE qui est sur le point d’intégrer dix nouveaux pays-membres d’ici 2004. De là découlerait la colère du président lorsque Tony Blair a contesté l’accord conclu entre Paris et Berlin. Cette crise bien plus qu’une querelle europo-européenne, révèle surtout la profondeur des désaccords entre la France et la Grande-Bretagne, notamment sur la question irakienne. Solidaire de Washington, Londres nuirait selon la France à la construction d’une diplomatie et d’une défense européenne cohérente.
L’intérêt de l’Europe est que la Grande-Bretagne renonce à ses «hésitations» et choisisse «carrément» l’Europe, a ainsi jugé mardi Valéry Giscard d’Estaing, président de la Convention sur l’avenir de l’Europe.
Quatre jours après la vive altercation qui a opposé les deux dirigeants, le quai d’Orsay a quant à lui indiqué mardi avoir «besoin d’un peu de temps» pour préparer le sommet normalement prévu le 3 décembre au Touquet (nord de la France). La date de son report n’est pas encore connue.

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