Bogota annonce la mort du commandant en chef des Farc

Manuel Marulanda, fondateur et commandant en chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), est mort après plus de quarante années de lutte dans la jungle, confirme le gouvernement colombien. Sa mort, si elle est avérée, serait le coup le plus dur porté aux Farc, le plus ancien mouvement de guérilla encore en activité en Amérique latine apparu en 1964 et qui détient plusieurs dizaines d’otages, dont la sénatrice franco-colombienne Ingrid Betancourt. «Via le renseignement militaire, nous avons appris que Pedro Antonio Marin, alias Manuel Marulanda ou ‹Tirofijo’ (en plein dans le mille), le principal chef des Farc, était mort», a déclaré le ministère de la Défense dans un communiqué.
«Selon ces informations, «Tirofijo» est mort le 26 mars dernier à 18h30. Les causes du décès doivent encore être confirmées», a dit le chef d’état-major de l’armée colombienne, l’amiral David Rene Moreno, qui a mis au défi les Farc de prouver le contraire.
Le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, a précisé au magazine Semana qu’une source avait déclaré aux autorités que deux hypothèses étaient retenues à ce stade par Bogota: le commandant en chef des Farc aurait été tué dans un bombardement aérien, ou aurait succombé à une crise cardiaque.
De violents bombardements ont eu lieu à cette époque dans le secteur du Sud colombien où les autorités pensaient que Marulanda, qui n’avait plus été vu en public depuis plus de cinq ans, se cachait.
«Ces sources sont sérieuses, nous l’espérons», a dit le président Alvaro Uribe, dont le père a été tué par les Farc il y a plus de vingt ans. Il est difficile de prédire les conséquences de son décès sur le sort des dizaines d’otages que retiennent les Farc. Uribe a déclaré à la presse qu’un groupe de rebelles prêts à se rendre avaient contacté les autorités et qu’ils s’étaient dits prêts à libérer des otages, dont Ingrid Betancourt. Mais, a ajouté Uribe, un autre groupe de commandants des Farc se disent déterminés à poursuivre la lutte. D’après l’amiral Moreno, Marulanda devrait être remplacé par Alfonso Cano.
Marulanda serait né en 1930 – sa date de naissance exacte n’est pas connue. Il avait organisé et structuré les Farc, créés en 1964 pour arracher aux autorités une réforme agraire et une plus grande justice sociale. Après quatre décennies de lutte, les Farc, qui ont compté jusqu’à 17.000 guérilléros, ont subi ces dernières années de lourds revers militaires dans la campagne sécuritaire lancée par le président Alvaro Uribe, élu une première fois en 2002 et soutenu par les Etats-Unis. Plusieurs commandants haut placés dans la hiérarchie rebelle ont été tués ou capturés récemment, dont Raul Reyes, considéré comme le numéro deux du mouvement, tué début mars lors d’un raid mené par l’armée colombienne en territoire équatorien. Le mouvement a perdu de son soutien populaire et des désertions en série ont affaibli ses capacités opérationnelles. Ses effectifs actuels seraient plus proches des 9.000 combattants.
Mais il demeure néanmoins une force puissante dans certaines régions de Colombie, tirant ses ressources financières du trafic de cocaïne et des enlèvements avec demande de rançon.
«Les Farc sont comme un géant qui agonise, un géant qui agonise lentement, mais c’est le début de la fin», assure Pablo Casas, analyste du groupe d’études et de réflexion Sécurité & démocratie, basé à Bogota. Insistant sur l’importance du rôle que jouait Marulanda dans la cohésion de la guérilla, Casas estime qu’«il n’existe aucun autre facteur susceptible de maintenir la force de cette structure». De nombreuses rumeurs avaient déjà circulé sur la mort ou sur l’état de santé du commandant des Farc. Au point qu’en 1972, l’écrivain colombien Arturo Alape écrivait un livre intitulé «Les morts de Tirofijo». Mais elles n’avaient jamais trouvé confirmation jusqu’à samedi. Cette année, certains médias affirmaient que Marulanda souffrait d’un cancer de la prostate. «Lorsque je mourrai, 20 ou 30 guérilléros au moins me remplaceront», avait-il affirmé il y a quelques années dans une interview accordée à la télévision vénézuélienne Globovision.

• Luis Jaime Acosta et Patrick Markey (Reuters)

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