Bouteflika contre les manifestations

Le chef de l’Etat algérien a souligné, dans une allocution que «la violence appelle la violence», se demandant «de quel droit certaines personnes se permettent de détruire les biens publics et privés».
M.Bouteflika s’exprimait lors d’un séminaire à Alger consacré au Nouveau partenariat africain (NEPAD). Et d’avertir que la justice sera saisie de tous les cas de troubles de l’ordre public et de destructions des biens, précisant que celle-ci doit agir «avec force, mais dans la clarté». «Il est inutile de croire à un changement par la violence», a-t-il averti, en réaffirmant toutefois son attachement au dialogue «dans le cadre des lois de la République». Les manifestations de ces derniers mois ont régulièrement tourné à l’émeute, entraînant des destructions d’édifices publics ainsi que des heurts avec les forces de sécurité. Elle avaient pour objet la réclamation de logements, un meilleur approvisionnement en eau, ou la dénonciation de la mauvaise gestion et la corruption d’élus locaux. Et, la semaine dernière, la justice avait condamné à des peines de prison des personnes arrêtées lors d’émeutes à Djanet (sud algérien) et Souk Ahras (extrême-est). D’autres, arrêtées en Kabylie en décembre, attendent leur jugement. Presque tous les jours, des sit-in se tiennent devant les tribunaux pour demander leur libération. Suite à la mort d’un lycéen dans les locaux de la gendarmerie, près de Tizi Ouzou, les émeutes qui avaient éclaté en avril dernier en Kabylie, ont déclenché des mouvements de contestation dans cette région, puis dans d’autres, en raison d’une situation économique et sociale délabrée et de l’inertie des autorités locales, incapables de répondre aux attentes de leurs administrés. Les émeutes en Kabylie ont fait une soixantaine de morts et plus de 2.000 blessés, selon un bilan officiel. Les dirigeants des âarchs (tribus) affirment, quant à eux, qu’elles ont fait 106 morts et plus de 6.000 blessés.
Les âarchs ont été remis en selle par la crise en Kabylie. Cette organisation tribale ancestrale, qui a pris en main la contestation, exige le départ des gendarmes accusés d’abus de pouvoir et de corruption et multiplie les marches et les sit-in s’achevant souvent par des affrontements avec la police anti-émeutes.
C’est actuellement l’impasse dans le dialogue amorcé en décembre avec le gouvernement par une frange des âarchs dite « dialoguiste». Une réunion qui devait finaliser ce dialogue, début janvier, a été reportée sine die à plusieurs reprises.
Les «dialoguistes» sont taxés de «traîtres» par l’aile dure des âarchs, qui exige l’acceptation, «sans conditions », par le gouvernement d’une plate-forme de revendications en quinze points, élaborée en juin 2001 à El-Kseur, près de Béjaïa (260 km à l’est d’Alger), en petite Kabylie.

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