Bouteflika fait du charme à l’armée

«Il faut se réveiller de notre grand sommeil et préserver notre identité: l’islam, l’amazighité et l’arabité», a déclaré mardi le dirigeant algérien dans un discours rassembleur, présenté par la presse comme une véritable entrée en campagne électorale. L’échéance n’est en effet pas si loin que cela puisque le prochain scrutin présidentiel est prévu pour 2004.
En visite à Tébessa, Abdelaziz Bouteflika a donc semblé, ce mardi, vouloir dresser un bilan rassurant de son mandat et celui de la situation de son pays. Lequel se prépare pourtant à une grève générale organisée les 25 et 26 février par le principal syndicat de l’UGTA. Face à une Algérie terrorisée et divisée, le chef d’Etat a donc appelé à l’union et au dialogue, rappelant à la fois que «l’unité du territoire est une et indivisible», et appelant les Kabyles au dialogue. «L’Algérie a besoin de vous et vous n’avez pas de pays de rechange. Il faut comprendre que même si nous divergeons sur une opinion, il ne faut pas que nous divergions sur le principe. Si différence il y a dans la méthodologie, il faut que l’objectif soit le même. De même, s’il y a divergence sur la culture, il ne faut pas que ce soit aux dépens de la nation et de ses constances», a-t-il lancé aux délégués et aux manifestants de Kabylie. Se félicitant du choix de «moralité» et de «légalité» pour lequel son pays a opté dans sa lutte contre le «terrorisme», le président a ajouté que la discorde était «pire que l’assassinat». «Notre peuple a trop souffert et sa patience n’a que trop duré». Une «introduction » qui, selon le journal La Tribune, a permis au chef d’Etat d’arriver à son véritable objectif : «Faire l’éloge de l’armée». Le constat est le même dans l’ensemble de la presse: «Bouteflika, veut plaire à l’Armée», titrait à la Une mercredi, Le Matin , «Le président courtise l’armée», selon Le Soir, «tout pour un second mandat», s’exclamait Liberté. Le président «a encensé l’Armée» ! D’après Le Matin, il «s’est contenté d’un discours pompeusement électoraliste à l’adresse de l’Armée, là même où sa politique de concorde nationale a été mise en échec par l’hécatombe des 49 militaires tués à Taghda», début janvier. Massacre qui, comme tous ceux qui ont frappé civils comme militaires, a toujours suscité le mutisme le plus total de la part des autorités. Ce qui n’a pas empêché Abdelaziz Bouteflika de clamer mardi que «l’Armée est déterminée à accomplir sa noble mission, quels que soient les sacrifices et les tentatives d’altération de son rôle constitutionnel pour la défense de l’Etat et de la République et la protection du peuple, de la patrie et de l’intégrité territoriale»…
Mais «quel rôle joue (donc) l’armée?», s’interrogeait mercredi Le Matin, commentant que, malgré la profonde crise sociale, «les décideurs, pour l’essentiel le haut commandement militaire, (ont opté) pour une attitude de fermeté conservatrice et de recours à la violence d’Etat pour empêcher coûte que coûte le basculement du pays dans l’anarchie révolutionnaire et la désagrégation». Et le quotidien d’ajouter que, « à moins d’un improbable retour de bâton violent et répressif, rien ne semble pouvoir arrêter le processus de désacralisation et de banalisation de ce qui a toujours été perçu comme l’antre mystérieux d’un pouvoir occulte». «Vive l’ANP ! Que Dieu la préserve !» a, quant à lui, crié à trois reprises mardi, Bouteflika pour conclure son discours. «Il serait intéressant de savoir si l’armée ainsi courtisée cédera à la sollicitation», s’interrogeait Le Soir.

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