Bouteflika ferme les missions françaises

Bouteflika ferme les missions françaises

Chose promise, chose due. La menace qu’avait proférée le président Bouteflika contre « toute institution privée qui n’accorde pas une priorité absolue à la langue arabe » est entrée en application depuis lundi dernier. Quelque 42 écoles francophones privées ont été sommées de fermer leurs portes, après l’intervention d’un important dispositif policier dans plusieurs localités algériennes. Pour expliquer cette opération « coup de poing », M. Bouteflika n’a même pas cherché à atténuer ses effets. Ainsi a-t-il justifié sa mesure par ce qu’il a qualifié stricto sensu de «déviation linguistique» des écoles incriminées. L’«ordonnance», amère et néanmoins irrévocable, que le président Bouteflika avait prescrite, a pris effet à partir du 27 février dernier. A la défaveur des directeurs d’écoles francophones privées mais aussi et surtout des parents d’élèves, atteints somme toute d’une sorte de commotion face à une décision qui aurait été prise pour «flirter avec des islamistes hostiles à l’enseignement francophone».
«Les islamistes avaient (déjà) sonné la charge contre les minorités de laïcs et de francophiles qui veulent franciser l’école, franciser l’Algérie », a rappelé le quotidien «Le Figaro», cité par la MAP. Au-delà des islamistes, l’arabisation de l’enseignement en Algérie a été également, et paradoxalement, revendiquée par les barons du régime. Se présentant comme des inconditionnels de l’arabisation, ces barons semblaient avoir oublié, à l’insu de leur plein gré, que cette mesure n’allait en fait toucher que «le fils du pauvre », comme l’avait si bien écrit l’écrivain algérien Mouloud Feraoun. En effet, la mesure ne pouvait en aucun cas s’appliquer aux enfants des caciques du pouvoir, pour la simple raison qu’ils ont les moyens de se permettre de faire des études dorées de l’autre côté de la rive. Une contradiction à mettre sur le compte d’une surenchère démagogique hélas passée de mode, sachant bien que l’instrumentalisation de la langue à des fins politiciennes n’intéresse plus personne dans ce « petit village planétaire » où la tendance, de plus en plus forte, à l’ouverture est aujourd’hui irréversible. Autre anachronisme relevé par les collectifs des parents d’élèves des écoles touchées par cette mesure, « l’inopportunité » de cette décision controversée. Cette décision, rendue exécutoire par des arrêtés des walis, est intervenue au milieu de l’année scolaire. La tentative des collectifs pour la reporter au mois de juin prochain s’est soldée par un échec. Saisie à cet effet par le collectif des parents d’élèves d’une école privée, la Chambre des référés du Tribunal d’Oran s’est déclarée « incompétente ». Interpellé sur la question, le ministre de l’Education Boubker Benbouzid a par ailleurs opposé une fin de non-recevoir à la revendication des collectifs. Le ministre a rejeté tout report de la décision de fermeture, prétextant que « les écoles ont été notifiées depuis plus d’une année et demie de se conformer à la loi ». Une lecture biaisée de la loi, parce qu’elle est dictée par des considérations purement et simplement « idéologiques ». Plusieurs observateurs s’interrogent, à cet effet, pourquoi l’enseignement de la Charia est devenu depuis septembre 2005 obligatoire dans toutes les filières du secondaire.

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