Brice Hortefeux, le chasseur de clandestins

Avant d’atterrir aujourd’hui mercredi au Maroc pour participer aux «Intégrales sur l’investissement» qui se tiennent à Skhirat, Brice Hortefeux, ministre français de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement, devait faire une dernière grande apparition publique : accueillir sur le tarmac de l’aéroport d’Orly le guide la Révolution libyenne Mouammar Kadhafi venu passer la semaine à Paris. Or sans crier gare, le protocole des voyages officiels opère un brusque changement et confie cette tâche à la ministre de l’Intérieur Michelle Alliot-Marie. Si l’on ignore encore les raisons de ce changement de dernière minute, nombreux sont ceux qui s’interrogeaient déjà, une pointe d’humour noir dans les trémolos, sur la pertinence de faire accueillir un chef d’Etat arabe par le chargé du dossier de l’Immigration. Par ailleurs, confier au ministre de la Police le soin de recevoir un homme qui a longtemps été accusé de se livrer à des activités terroristes ne casse pas des briques de courtoisie.
Brice Hortefeux, un intime de Nicolas Sarkozy, un compagnon de route, membre de son premier cercle, le plus influent, peut donc se consacrer entièrement à la préparation de son voyage marocain. Depuis la grande polémique sur le recours au test ADN dans le regroupement familial et aux « statistiques ethniques », Brice Hortefeux avait disparu du radar de l’actualité. Ses escapades africaines pour creuser le concept d’immigration choisie, pérorer sur le co-développement, passent presque inaperçues. L’AFP, la grande agence d’information française n’y consacre que l’intérêt minimal dû à un membre de gouvernement en déplacement à l’étranger. Les télévisions hexagonales le snobent superbement.
Brice Hortefeux y martèle son discours : «La nouvelle politique de l’immigration, c’est l’immigration concertée avec les pays d’origine, une discussion d’égal à égal» et de rappeler que trois accords de «gestion concertée des flux migratoires ont déjà été signés par la France avec le Sénégal, le Gabon, le Congo et le Bénin».
Par contre, Brice Hortefeux est omniprésent sur le terrain de la chasse aux clandestins. Nicolas Sarkozy lui avait fixé une feuille de route chiffrée à l’expulsion de 25.000 clandestins en 2007. Cette hantise des chiffres, régulièrement mise en avant, devait politiquement démontrer la détermination du président de la république à honorer ses promesse électorales, de nettoyer l’économie française de toute la main-d’œuvre clandestine.
Pour argumenter une telle démarche, Brice Hortefeux pourra toujours citer les résultats contradictoires d’un récent sondage CSA publié dans l’hebdomadaire «La Vie» qui a fait apparaître que  73% des sondés (contre 24%) estiment que l’immigration représente un atout sur le plan culturel. Ils sont en revanche plus nombreux (50% contre 46%) à la considérer comme un handicap sur le plan économique.
Aux récentes Assises nationales de l’intégration tenues à Paris, Brice Hortefeux a eu l’occasion de préciser les contours de sa conception de la politique d’intégration qui doit «s’inscrire dans le long terme» et passer par «trois canaux fondamentaux: le logement, la réussite scolaire et l’insertion professionnelle». 
En dehors de la gestion policière des clandestins, Brice Hortefeux éprouve les plus grandes difficultés à exister politiquement au sein du gouvernement Fillon qui contient des profils forts et racés comme Rachida Dati, Rama Yade ou Fadela Amara. Cette simple ouverture ethnique jette un étrange halo sur les vraies compétences d’un ministère soupçonné par ses détracteurs de vouloir protéger «l’identité nationale» de «l’immigration». Un combat d’arrière-garde aux relents d’extrême droite. Et si l’on rajoute à cette situation le fait que le co-développement est une notion phare au cœur de l’approche méditerranéenne et africaine de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux voit rétrécir sa marge de manœuvre. Il se console en attendant que la France puisse prendre, à compter du 1er juillet 2008, la présidence de l’Union européenne pour créer «une vraie politique européenne d’immigration». Brice Hortefeux y voit enfin l’occasion «d’une forte implication personnelle».

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