Bush hésite, Musharraf accuse

Le président pakistanais Pervez Musharraf disposerait « d’éléments » selon lesquels l’Inde aurait pu effectuer un nouvel essai nucléaire. Sans plus de précisions, le général s’est donc contenté de cette déclaration lors d’un colloque réunissant un collège d’experts de l’Asie du Sud, à Washington, à la veille de sa rencontre avec George W. Bush. Selon M. Musharraf, l’Inde pourrait donc avoir effectué un essai après celui du 25 janvier dernier. « Il y a eu certaines indications, et j’ai transmis cette information aux dirigeants américains, a-t-il alors affirmé. Je n’ai pas de preuve concluante de cela, mais je pense que s’il y a au moins une possibilité, il faudrait vérifier». La principale intéressée n’a pour sa part pas manqué de tout rejeter en bloc hier. La porte-parole indienne des affaires étrangères Nirupama Rao a ainsi évoqué le respect par l’Inde du moratoire auto-imposé sur les essais nucléaires en vigueur depuis les explosions souterraines opérées à l’été 1998. « Nous avons vu plusieurs fausses allégations faites au cours de ces derniers jours et nous les avons rejetées dans leur entier », a-t-elle souligné. Cette nouvelle provocation a aussi été vivement récusée par les Etats-Unis, le jour même de la rencontre entre les deux dirigeants américain et pakistanais. « C’est sans fondement. Nous ne disposons d’aucune information permettant de penser qu’une telle chose ait pu se produire », a déclaré ce mercredi matin un responsable américain, sous couvert de l’anonymat.
En faisant cette déclaration au beau milieu de sa visite à Washington, Pervez Musharraf souhaiterait-il pousser Washington à s’impliquer dans les dossiers qui enveniment les relations entre les deux puissances nucléaires, et particulièrement le Cachemire ? Jusqu’à présent, l’administration américaine s’en tenait en effet à une ligne claire : le conflit ne peut être résolu que par les pays concernés, en prenant en compte les souhaits des Cachemiris.
Mais le contexte est devenu de plus en plus brûlant, l’Inde et le Pakistan ayant massé des centaines de milliers de soldats à leur frontière. Le secrétaire d’Etat Colin Powell a alors été envoyé dans la région pour tenter d’apaiser la tension et jouer les intermédiaires entre Islamabad et New Delhi. S’ils hésitent encore, les Etats-Unis pourraient finir par intervenir dans ce conflit devenu incontournable par son caractère « atomique » et sa position stratégique – l’Asie du Sud étant devenue sa nouvelle zone d’influence.
C’est peut-être ce que veut provoquer le président Musharraf en prenant à partie l’Inde sur le sol américain. On sait bien que le Pakistan a toujours plaidé pour une internationalisation du conflit qui l’oppose à son voisin. On sait aussi que l’Inde s’y est toujours refusé, même si en s’appuyant sur Washington pour forcer le régime pakistanais à sévir contre les militants islamistes, elle a finalement encouragé l’engagement américain sur ce dossier.

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