Bush veut une alliance plus large

Les Etats-Unis estiment que la Chine et la Russie n’opposeraient pas leur veto à une deuxième résolution du Conseil de sécurité qui ouvre la voie à la guerre. En attendant d’y voir plus clair, nul ne sait si le texte en question, qui affirme que Bagdad n’a pas saisi la dernière possibilité d’éviter une frappe», recueillerait les neuf voix nécessaires à son adoption et ne se heurterait pas au veto de la France. Seuls quatre des quinze membres du Conseil de sécurité se sont engagés jusqu’à présent pour le projet. Le Mexique, refusant la position dure de Washington, milite pour une version modifiée du projet.
Le président George Bush a donc choisi de faire cavalier seul pour faire la guerre à l’Irak. Il a encore confirmé ce choix en parlant de nouveau de ce projet de deuxième résolution : «Evidemment, nous aimerions obtenir un vote positif. C’est pour cela que nous avons soumis un projet de résolution à l’ONU, avec la Grande-Bretagne et l’Espagne», a-t-il déclaré. «Je ne crois pas que nous avons besoin d’une deuxième résolution» pour entrer en guerre s’est-il empressé de rectifier, car «Saddam Hussein n’a pas désarmé» comme le lui ordonne la résolution 1441 sous peine de «graves conséquences».
La conseillère du président américain pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, a avoué que cette deuxième résolution visait à venir en aide au Premier ministre britannique, Tony Blair, confronté à un Parlement et à une opinion publique très hostiles à la guerre. «Pour certains de nos alliés les plus proches, c’était une initiative très importante», a-t-elle confirmé.
Pour l’Administration américaine, le scénario retenu consiste en une guerre courte et la collaboration de la population irakienne, débarrassée de Saddam Hussein et de ses sbires, suivi de l’établissement d’un gouvernement civil après deux ans d’administration militaire américaine.
Cette détermination n’est pas sans risques. «Une Amérique qui décide d’agir essentiellement de son propre chef risque de se retrouver seule pour supporter le coût et le fardeau des conséquences de la guerre, sans compter une hostilité générale et grandissante à l’étranger», soulignait récemment Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Jimmy Carter. Il attire l’attention sur le risque de refroidissement durable dans les relations avec des alliés de longue date, comme l’Allemagne et la France, et d’un accroissement des sentiments anti-américains dans le monde.
D’ores et déjà, l’image de George W. Bush, à l’étranger, déjà très mauvaise, s’est encore fortement dégradée ces derniers mois, le président américain étant même parfois perçu comme une menace plus grande pour la paix et la sécurité dans le monde, que Saddam Hussein. Le risque de guerre est si imminent que le président Jacques Chirac a annulé la visite qu’il devait effectuer au Japon au mois de mars. À propos des relations de la France avec les Etats-Unis, un proche du président français a estimé, hier, que Paris était «attaché à un partenariat avec Washington qui est son allié», tout en soulignant que la France, et avec elle l’Europe «ne sont pas des Etats vassaux».
Il a noté que le point de divergence entre les deux pays, «c’est cette idée que l’intervention militaire en Irak va permettre de remodeler le Proche-Orient et d’y introduire tout naturellement la démocratie». «Nous pensons que c’est une illusion dangereuse». «Est-ce que nous allons envoyer des corps expéditionnaires dans tous les pays où il y a des dictateurs ?», a-t-il demandé. Pour Michèle Alliot-Marie, la ministre française de la Défense, le problème de l’utilisation de son droit de veto par Paris au Conseil de sécurité ne se pose pas aujourd’hui. Elle avance deux raisons pour étayer cette affirmation : «D’abord, parce que nous ne sommes pas absolument sûrs que les Etats-Unis mettent leur fameuse deuxième résolution au vote (…) Le président Bush lui-même a dit que cette résolution ne lui semble pas utile ou indispensable.
Deuxièmement, le veto n’est utilisé que pour aller contre une majorité qui soutiendrait une résolution.
Aujourd’hui, à notre connaissance, cette majorité n’existe pas», a-t-elle affirmé. Soulignant que «la situation change de jour en jour», Michele Alliot-Marie a toutefois rappelé que la France entend garder toute sa liberté d’appréciation dans la crise. Saddam Hussein, qui écarte toute idée d’exil, a nié catégoriquement être en possession de missiles prohibés alors que les experts de l’ONU exigent la destruction, avant ce 1er mars, des Missiles As-Soumoud 2, dépassant la portée autorisée par l’ONU.

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