Carnets parisiens : François Fillon cherche encore son rôle

Bouchra la blonde. Depuis que la presse internationale a publié la photo d’une petite blonde marocaine sur le dos paysan de sa mère, empruntant une route mal pavée du terroir au nord Maroc, il y a eu comme une excitation collective autour d’un polar aux préjugés les plus noirs et aux relents les plus morbides. Pendant un court instant, les titres des journaux et les réactions de la vox populi sur Internet suggéraient déjà un acte de piratage organisé, avec tout ce que la relation entre les deux rives de la Méditerranée charriait d’images pénibles et de souvenirs douloureux.
Avant que les photographes des agences et les journalistes britanniques ne se chargent eux-mêmes de prouver qu’il ne s’agissait nullement de la petite Madeleine McCann disparue au Portugal le 3 mai dernier, ce feuilleton ininterrompu, à rebondissements multiples de la disparition de la petite Maddie, n’en finit pas de surprendre. Même s’il est du devoir de ses parents de s’accrocher aux fils d’espoirs les plus tenus, la fixation sur le Maroc devient lourde à porter et à expliquer. Il est vrai que depuis le début de cette aventure, c’est la quatrième alerte fournie par des témoins oculaires ou des enquêteurs privés de la possible présence de Maddie au Maroc. La photo prise par une touriste espagnole de la petite Bouchra Benaïssa est venue conforter ce faisceau de présomptions et ranimer les suspicions.
La blogosphère s’est emparée avec frénésie de cette affaire. D’abord pour moquer de tous ceux, ignares d’une réalité géographique et démographique, considèrent que les petits enfants blonds sont le label exclusif de la rive nord de la Méditerranée. Ensuite beaucoup se sont mis dans la peau des ces touristes enquêteurs en herbe qui voient des Maddie partout dès qu’une petite fille blonde traverse une ruelle marocaine.
Dans cette affaire, alors que le sort de la vraie Maddie demeure encore inconnu, la petite Bouchra a accédé, du haut de ses trois ans à une notoriété planétaire. Ses parents, Ahmed Ben Mohamed, cultivateur d’oliviers et Hafida Achkar, sans aucun doute femme au foyer, ne se doutaient pas qu’un jour, ils seront amenés à brandir leur état civil devant les objectifs des photographes pour justifier de la filiation de leur progéniture.
Cultivateur de pessimisme. Le Premier ministre français François Fillon était, dans l’ère sarkozienne, à la recherche d’un rôle et d’une fonction. Devant l’omniprésence du chef de l’Etat, il ne savait plus sur quel strapontin se mettre pour exister, quelle partition jouer pour faire entendre sa différence. Il vient de la trouver et ne risque pas de la quitter de sitôt. Cette fonction consiste à produire de mauvaises nouvelles, à démoraliser le chaland, à désespérer les chaumières, bref à cultiver le pessimisme. Depuis sa sortie sur «la France en Faillite», toutes ses apparitions semblent assombries par ses oraisons funestes. Ses plus fidèles avocats maintiennent qu’il a choisi cette stratégie pour provoquer un électrochoc pédagogique et préparer les Français aux indispensables et douloureuses réformes. Ses détracteurs affirment qu’il s’est enferré dans «la mauvaise nouvelle», comme ses prédécesseurs Dominique de Villepin dans la crise du CPE et Jean Pierre Raffarin dans sa fameuse «France d’en bas». Dans son plan de communication permanente, Nicolas Sarkozy est le dernier à se plaindre de la situation. Son Premier ministre, politiquement « lugubre», lui offre l’occasion de déployer son énergie positive et son optimisme irradiant. À Matignon la poisse et la guigne, à l’Elysée les lendemains qui chantent.

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