Carnets parisiens : Onde de choc

Carnets parisiens : Onde de choc

Le vote ethnique. Des plus profondes «Chakras» de la société française, pétrie de lumières réformatrices et de républicanisme égalitaire, la notion de posture politique à base ethnique est moralement rejetée car porteuse d’une affirmation d’ego identitaire excessive, d’une exclusion manifeste de l’autre forcément différent. Une des originalités bruyantes de ces présidentielles 2007 est la mise en valeur du «vote ethnique». Ainsi, nouveauté de la saison, le vote noir que tente d’organiser et de capitaliser, avec encore un peu d’amateurisme, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) animé par l’avocat Patrick Lozès. La sensibilité associative politique noire s’est vue porter au firmament à l’occasion des débats animés sur la place que devrait prendre l’esclavagisme dans notre mémoire  collective, des revendications répétitives pour une grande visibilité des noirs dans les grands médias.
Autre vote qualifié d’ethnique, le vote beur, désorganisé, dispersé presque inexistant. La nouveauté cette année  se trouve dans la dose de masochisme qu’il semble avoir goulûment absorbé. Les sondages et les études montrent son irrésistible attirance vers le Front National et son chef Jean-Marie Le Pen. Par dépit, par adhésion, le beur version 2007 semble avoir soif  de «préférence nationale» et «d’ordre musclé» tout en ayant conscience de la possible gueule de bois matinale et du probable retour de bâton.
Ces deux votes ethniques ont pour ancêtre le vote juif, discipliné et d’une redoutable efficacité chez les réseaux Loubavitch, pluriel et varié au sein du CRIF (conseil représentatif des institutions juives de France) qui a toujours rêvé de jouer auprès du pouvoir français le rôle que remplit la puissante AIPAC auprès du pouvoir américain.
La solitude de Chirac. Il n’est pas indispensable de disposer de l’imagination fertile d’un dramaturge pour décrire les derniers instants de Jacques Chirac au palais de l’Elysée. Le voilà en train de donner les derniers coups de griffe au scénario de sa sortie qu’il veut  graver dans le marbre de l’histoire. Avec la concentration d’un moine, l’immobilité forcée d’un ermite, sa main n’aura tremblé que pour exprimer un geste de colère et de rage pour dénoncer la tempête provoquée par «Le canard enchaîné». Le journal du mercredi affirme l’existence d’un deal au plus haut niveau du sommet de la hiérarchie entre le candidat Sarkozy et le président sortant : un soutien électoral contre une promesse d’effacer les ennuis judiciaires à venir. L’existence de cet arrangement suppose un opportunisme déclaré chez Chirac et un cynisme inné chez Sarkozy. Ce qui est loin d’être le cas, soulignent les  aficionados des deux hommes.
D’autre part, la visite du Roi Abdallah de Jordanie à Paris aura souligné la plus haute des solitudes dans laquelle baigne l’Elysée. Pas de programme précis, pas de service de presse. Juste un communiqué dicté par Jérôme Bonnaffont au scribe local de l’AFP, la tête déjà ailleurs dans les nouvelles fonctions qui attendent le porte-parole de J. Chirac. La visite d’adieu de l’Egyptien Hosni Moubarak, ce dimanche, ne tranchera pas avec cette atmosphère. Jacques Chirac se sera certainement consolé en regardant sur la chaîne Al Jazeera son portrait flatteur diffusé en Boucle. Comme une oraison politique funèbre.
Onde de choc. Même s’il n’y a pas de lien structurel entre les kamikazes de Casablanca et les attentats d’Alger, pour les télévisions françaises, il était possible de mettre l’image du Premier ministre algérien, Abdelaziz Belkhadem, l’air hagard, le regard apeuré dans les rues de Casablanca et de mettre les images de la famille en pleurs de l’inspecteur de police Mohamed Zindiba mort dans l’exercice de ses fonctions, dans une banlieue quelconque d’Alger. Les pays du Maghreb, politiquement antagonistes, se retrouvent malgré eux sous le feu commun de l’idéologie terroriste la plus meurtrière et la plus déterminée. L’onde de choc a éclaboussé la France et sa campagne présidentielle. Le jeune ministre de l’Intérieur, Francois Baroin, ne donne pas dans la langue de bois rassurante : «L’actualité récente montre qu’il faut être d’une extrême vigilance. La France est sous une menace réelle, variée, plurielle». Quand le Maghreb tousse de douleur terroriste, la France éternue de panique sécuritaire.

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