Chevènement ou le troisième homme

Candidat officiel à la présidence de la République française depuis septembre dernier, Jean-Pierre Chevènement (Mouvement des Citoyens) est sans contexte un homme à forte personnalité. Plusieurs fois ministre sous des gouvernements de gauche – à la Recherche et à la Technologie (1981-1983), à l’Education nationale (1984-1986), à la Défense (1988-1991), et à l’Intérieur (1997-2000) – celui que ses proches surnomment « le Che » détient un record : il a claqué la porte à trois reprises, en 1983, 1991 et 2000. La première fois, alors ministre sous Pierre Mauroy, il n’a pas supporté le « tournant de la rigueur » de Jacques Delors, au portefeuille de l’économie. Son deuxième départ est motivé par son opposition à « la logique de guerre » dans le Golfe, menée par le gouvernement de Michel Rocard. « Je ne serai pas le harki d’une ratonnade américaine dans le Golfe », avait-il alors lancé. L’été 2000 enfin, il abandonne son portefeuille de l’Intérieur par désaccord avec Lionel Jospin sur le dossier corse.
Né à Belfort (Franche-Comté) en 1939, ce fils d’instituteur obtient d’abord à Paris une licence en Droit et Economies. Appelé pendant la guerre d’Algérie, il termine son service militaire avec le grade de capitaine, entre à Sciences Po puis à l’ENA. Conseiller commercial à sa sortie d’école, il fait alors ses débuts politiques en adhérant à la SFIO (socialiste) en 1964. Il participe ensuite à la fondation du CERES (Centre d’études, de recherche et d’éducation socialiste), la future aile gauche du Parti Socialiste. En 1971, remarqué par Guy Mollet puis allié sûr de François Mitterrand, il prépare le Congrès d’Epinay qui donne naissance au PS. Mais il en est écarté quatre ans plus tard à cause de ses prises de position, avant de définitivement rompre avec le parti en 1993. Député (depuis 1973) et maire (depuis 1983) de Belfort, Jean-Pierre Chevènement créé alors son propre parti, le Mouvement des citoyens (MDC), et se démarque de son ancienne famille par rapport à la question de l’Europe, qu’il lie à la « défense et la souveraineté des nations ». Le Traité de Maastricht est « si nul qu’on peut se demander si cela vaut la peine de le combattre » déclare-t-il en 1994. Enfant terrible de la scène politique, Jean-Pierre Chevènement se fait aussi souvent remarqué par ses « petites phrases », à l’image de celle qui lui avait valu de nombreuses critiques lors de son dernier ministère : « de petits sauvageons qui vivent dans le virtuel », avait-il déclaré après des émeutes en région parisienne. Oscillant entre le socialisme et le souverainisme, profondément républicain, l’ancien ministre de l’intérieur voit par ailleurs sa carrière interrompue pendant quatre mois en 1998, lorsqu’il est victime d’un grave accident d’anesthésie. A sa sortie d’hôpital, il se qualifie lui-même de « miraculé de la République ».
Aujourd’hui Jean-Pierre Chevènement se veut le rassembleur d’un « pôle républicain » et tente de se démarquer de son ancienne famille, la gauche plurielle, pour contre-carrer son principal rival Lionel Jospin.

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