Chili : les mineurs sortent renforcés ou fragilisés, mais changés à jamais

Chili : les mineurs sortent renforcés ou fragilisés, mais changés à jamais

Après l’épreuve de 68 jours confinés à 700 m sous terre, dont 17 jours livrés à eux-mêmes, les 33 mineurs de la mine chilienne de San Jose vont émerger plus forts pour certains, plus fragiles pour d’autres, mais changés à jamais, estiment les psychologues. Et le suivi psychologique qui leur sera offert par les autorités, pendant six mois au moins, sera à la merci de toutes sortes d’interférences, entre proches, médias, et célébrité nouvelle, sans doute éphémère. «Leur vie d’“avant“ est déjà finie», affirme Enrique Chia, psychologue de l’Université catholique du Chili, pour qui les mineurs seront confrontés à un grand défi de réadaptation dans une période post-traumatique «pleine de risques». «Quand on te change soudainement toutes les conditions de vie, il faut se réadapter et découvrir des aptitudes qui t’aident» à faire face. «Une personne qui a été placée face à la mort a réfléchi à sa situation personnelle (…) à ce qu’elle a fait de sa vie et ce qu’elle n’a pas fait, et en cela aussi il faut les accompagner», souligne Margarita Loubat, psychologue de l’Université du Chili. Les 33 mineurs ont remarquablement géré leur calvaire jusqu’à la délivrance, aux premières heures de mercredi pour les premiers d’entre eux. Les risques de lésions oculaires au contact de la lumière de soleil, les problèmes cutanés, les maux de dents, sont identifiés et seront suivis. Les premiers mineurs libérés ont été hospitalisés dès leur sortie, pour 48 heures d’examens médicaux approfondis. Ces étapes ont été «convenues avec eux, ce n’est pas un caprice», a assuré le ministre de la Santé Jaime Manalich. «Certains d’entre eux pourraient dire: je me sens si bien que je veux rentrer dans ma famille», mais ce refus «hypothèquerait tout le dispositif légal de protection, d’invalidité, de pension, auquel ils ont droit». Et le gouvernement ne saurait abandonner des hommes devenus des héros nationaux. Il leur offrira «un appui pyschologique professionnel minimum de six mois, pendant lesquels ils pourraient avoir des moments de tristesse, de dépression», a précisé le ministre. Le stress post-traumatique «peut durer plusieurs semaines ou plusieurs mois», rappelle-t-il. La «partie la plus compliquée» à gérer sera sans doute l’extérieur, estime M. Chia. «La famille, leur routine, la réalité nationale, tout aura changé». Des experts de la NASA, venus en septembre conseiller les opérations ont mis en garde contre les effets «de leur forte notoriété dans le pays, de la pression des médias et de la société». «Les médias vont les oppresser. Nombre d’entre eux se verront bombardés d’offres de télévision, pourraient même y faire carrière. Mais cela va durer quelques mois, d’ici mars ce sera un souvenir», estime René Rios, sociologue de l’Université Catholique. «S’il vous plaît, ne nous traitez pas comme des artistes», demandait mercredi à sa sortie Mario Sepulveda, deuxième mineur secouru, mais premier à s’exprimer dans un bref monologue diffusé par la télévision publique. Pour Enrique Chia, «ils vont réaliser que la célébrité est limitée, qu’il faut capitaliser, puis commencer un nouveau projet de vie». Or une expérience comme la leur «peut te renforcer ou t’affaiblir, mais ne te laisse jamais le même». D’où un risque de refuge dans les médicaments, l’alcool. Et comme s’ils sentaient les périls au dehors, les 33 exprimaient dans leurs derniers jours de confinement une «grande préoccupation: rester unis, alors qu’ils viennent de zones différentes du Chili. Ils veulent rester unis après le sauvetage», expliquait Alejandro Pino, membre de l’équipe de suivi.

 Boser Toll (AFP)

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