Chili : retour au foyer des 33 mineurs sauvés sous les yeux du monde

Chili : retour au foyer des 33 mineurs sauvés sous les yeux du monde

Les premiers de 33 mineurs délivrés au Chili après plus de deux mois passés sous terre s’apprêtent à réintégrer jeudi leur famille, au lendemain d’un sauvetage historique, émouvant, et maîtrisé à la perfection, qui a tenu en haleine le monde entier. Les mineurs les mieux portants devraient recevoir le feu vert pour sortir de l’hôpital dès jeudi. Luis Urzua, 54 ans, a été le dernier des 33 hissé à la surface à 21h55 mercredi (00h55 GMT jeudi). Il a dirigé le groupe en tant que chef de quart, après 69 jours passé au fond de la mine San Jose, depuis un éboulement souterrain le 5 août. «Merci à tout le Chili et à toutes les personnes qui nous ont secourus. Je suis fier de vivre ici», a lancé ce père de famille de 54 ans, qui prit en main l’organisation sous terre après l’accident, rationnant la nourriture, avec deux bouchées de thon et un demi-verre de lait par mineur tous les deux jours. «Mais ce qu’on avait, c’était la foi. On avait l’espoir qu’un jour on pouvait être secourus. On rend grâce à Dieu», a-t-il déclaré, qualifiant de «belle histoire» leur incroyable épopée. Le leader des «33» a longuement étreint le président Sebastian Pinera qui l’a «félicité pour avoir rempli son devoir de capitaine, en sortant en dernier». Pinera a annoncé qu’un milliard de téléspectateurs avaient suivi les opérations à travers le monde. Les deux hommes et les secouristes ont ensuite entonné l’hymne chilien, casque de mineur sur le coeur. Dans la capitale, Santiago, à 800 km au sud, un concert d’avertisseurs de voitures a retenti dans les rues pour saluer la délivrance du 33e mineur. Les mineurs ont été transférés à un hôpital de Copiapo, à un quart d’heure d’hélicoptère, pour 48 heures d’examens médiaux approfondis. Deux d’entre eux doivent subir jeudi une «intervention chirurgicale dentaire sous anesthésie générale», pour «des foyers d’infections dentaires assez sévères», selon le ministre de la Santé Jaime Manalich. Outre ces deux cas de complication médicale, un cas de pneumonie est déjà en traitement. Quant aux mineurs les mieux portants, ils devraient recevoir le feu-vert pour «avancer leur sortie de l’hôpital à l’après-midi de jeudi», a annoncé le ministre. A Copiapo, des milliers de personnes ont bruyamment fêté mercredi soir la délivrance des mineurs, sur la place principale de cette ville-dortoir de 150.000 habitants. D’avance, les 33 mineurs, devenus à la fois des héros et des familiers pour les Chiliens, avaient demandé «un peu de patience» et «quelques jours» d’intimité familiale avant d’être disponibles pour les médias. «Ils ont fait savoir que pendant quelques jours, ils souhaitent être d’abord réunis avec leurs familles», avait prévenu lundi Alejandro Pino, un journaliste qui les a entraînés aux techniques d’interview. Les «33» ont été remontés en moins de 22 heures à bord d’une capsule aux couleurs blanc, bleu, rouge du drapeau chilien et baptisée Phénix en référence à la «renaissance» des mineurs. Les six secouristes qui les avaient préparés au fond de la mine sont ensuite remontés à leur tour après avoir brandi un panneau «Mission accomplie». L’opération de sauvetage baptisée «San Lorenzo» (saint-patron des mineurs) a coûté «entre 10 et 20 millions de dollars» (7 à 14 millions d’euros), selon le président Pinera. Avec une prière à genoux, un poing rageur brandi, un cri ou une blague, les mineurs ont salué différemment leur délivrance. Mais tous, comme le premier secouru Florencio Avalos, 31 ans, ont longuement enlacé épouse, compagne, enfants. «J’ai changé, je suis un homme différent», a lancé le doyen des mineurs, Mario Gomez, 63 ans, visiblement en forme. Le président Barack Obama, le chef de l’Etat brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, le gouvernement français et beaucoup d’autres, dont le pape Benoît XVI ou l’ex-footballeur Diego Maradona, ont salué ce sauvetage. Plus de 2.000 journalistes ont accouru pour le «happy end» de cette saga souterraine sans précédent qui a fait la Une des médias du monde entier.
En deux mois, les «33» sont devenus des vedettes planétaires, déjà choyés, sollicités. Ainsi Edison Pena, fan d’Elvis Presley, a été invité avec un être cher à Graceland, l’ancienne résidence du «King» transformée en musée à la gloire du rocker américain à Memphis (Etats-Unis).

  Gaël Favennec (AFP)

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