Chirac : «Hassan II m’a demandé d’aider l’ANC»

Le président français Jacques Chirac raconte dans un livre-entretien à paraître cette semaine comment il a aidé au financement de l’ANC alors que le mouvement sud-africain était clandestin et fustige les ravages de la colonisation et du pillage, qui se poursuit, de l’Afrique.
M. Chirac, 74 ans, qui devrait annoncer d’ici la fin du mois qu’il ne briguera pas un 3e mandat après 12 ans à la tête de l’Etat, se confie dans le livre "L’inconnu de l’Elysée" sur ses combats politiques et sa vie privée.
 Dans des extraits de ce livre-entretien avec le journaliste Pierre Péan, publiés ce week-end par l’hebdomadaire français Marianne, il révèle son soutien au Congrès national africain (ANC) du héros de la lutte antiapartheid et ex-président sud-africain, Nelson Mandela. Un soutien "à l’insu de tous", relève Pierre Péan.
«J’ai été militant de l’ANC de Mandela depuis la fin des années 60, le début des années 70. J’ai été approché par Hassan II, le roi du Maroc, pour aider au financement de l’ANC», assure M. Chirac.
M. Chirac a occupé plusieurs postes ministériels à partir de 1967 et fut nommé Premier ministre en 1986 avant d’accéder à la présidence en 1995.
«Qui pourrait confirmer votre engagement?», demande Pierre Péan. «Mandela», réplique M. Chirac. «Il était en prison. Qui d’autre?», poursuit le journaliste. «Probablement Desmond Tutu, ancien archevêque du Cap et prix Nobel de la paix sud-africain», ajoute M. Chirac.
M. Chirac explique que Hassan II était son vis-à-vis dans ce soutien.
«Il a soutenu l’ANC dès le départ. Le souverain, qui avait une fortune personnelle importante, versait de l’argent à l’ANC (…) Il avait constitué un réseau de gens qui aidaient au financement de l’ANC. Il m’avait choisi pour cela…», affirme M. Chirac, sans autres précisions.
«A l’époque, les dirigeants d’Afrique du Sud voulaient faire croire que l’apartheid n’existait pas, ou qu’il était normal. J’ai refusé de me rendre en Afrique du Sud (…) J’ai déclaré officiellement et de la façon la plus claire, urbi et orbi, que je n’y mettrais pas les pieds tant que l’apartheid subsisterait», explique M. Chirac.
«Quelques années après sa libération, Mandela (en prison pendant 27 ans jusqu’en 1990), dans un petit discours très gentil, a confirmé que je n’avais jamais voulu me rendre en Afrique du Sud tant que l’apartheid y sévirait», ajoute le chef de l’Etat.  Grand connaisseur des "arts premiers", M. Chirac évoque aussi la colonisation et l’Afrique, un continent auquel il a été attaché, même s’il a été accusé notamment d’avoir soutenu des régimes autoritaires et des dictateurs comme l’ex-président togolais Gnassingbé Eyadéma.
«L’esclavage a toujours existé en Afrique au profit des Arabes et avec la complicité de chefs locaux. Puis est venue la traite, qui a duré quatre siècles. Cela a été un phénomène massif, perpétré également avec la complicité de chefs tribaux. On a pris les meilleurs, on a pillé le sang des Africains», souligne M. Chirac.
«Et puis après on a dit que les Africains n’étaient bons à rien. Ensuite est survenue la deuxième +calamité+, les curés et les imams qui se sont rués sur les bois sacrés et ont détruit l’expression culturelle», poursuit-il.
La troisième "calamité internationale" a été celle des "antiquaires".

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *