Christine Boutin préconise l’hébergement forcé des SDF

Christine Boutin préconise l’hébergement forcé des SDF

C’est triste comme un marronnier d’hiver et prévisible comme un mouvement de métronome. Quand les températures passent au rouge et que les «sans domicile fixe» meurent dans l’anonymat le plus glacial, revient sur le front de l’actualité le grand débat sur la politique du logement du gouvernement. Sous l’ère de Nicolas Sarkozy, c’est Christine Boutin, ministre du Logement qui est chargée d’incarner cette grande interrogation sur le fait de savoir quelles pistes faut-il suivre pour que le phénomène des SDF, qui meurent presque en directe dans le journal de vingt heures, cesse de hanter les consciences.
Cette année, le jus de cerveaux a dû carburer à plein régime dans les cabinets ministériels pour trouver l’idée qui fera date. Inspirée lors du dernier Conseil des ministres par Nicolas Sarkozy comme le confirme un des porte-parole de l’UMP Luc Paillé, Christine Boutin en a résumé l’essence : «Je vais lancer une réflexion pour voir si on ne pourrait pas rendre obligatoire l’hébergement des personnes sans abri quand la température devient trop froide en France».
Sitôt cette idée annoncée, le monde des associations qui luttent contre la misère et la précarité fut saisi par une indignation et un tollé général. Un des premiers à ouvrir le feu fut l’opposant numéro un à Christine Boutin, Auguste Legrand, l’icône médiatique de l’association «Les enfants de Don Quichotte» : «C’est du «cache misère», elle veut les contraindre en période hivernale dans des gymnases, des salles municipales, mais avec quel accompagnement et quelle optique surtout? ». Une autre grande signature de ce monde, Christophe Deltombe, président d’Emmaüs France, rajoute une couche d’opposition : «Je suis totalement hostile à des décisions de contrainte (…) On ne peut pas contraindre des personnes de cette manière, on doit respecter la liberté des gens».
Devant cette opposition sans concession par les acteurs de terrain qui gèrent le phénomène des SDF, Christine Boutin dut changer son fusil d’épaule en modérant son approche : «Ce n’est pas parce qu’on lance une réflexion que les choses se feront (…) Il faut garder son calme». Cet apparent recul s’accompagne d’une détermination qui veut anticiper les critiques d’immobilisme qui risquent de s’abattre sur le gouvernement en cas d’inaction : «on ne peut pas d’un côté nous reprocher de ne pas faire ce qu’il faut et d’un autre côté nous reprocher de vouloir mettre à l’abri toutes les personnes qui sont dehors». Pour bien avoir une idée sur le phénomène des SDF en France, certaines statistiques éclairent davantage le sujet. La Brigade d’assistance aux personnes sans-abri de la préfecture de police a effectué, pour les dix premiers mois de l’année, 34.197 reconduites de SDF vers les centres d’hébergement. Et durant la semaine, une cérémonie hommage a été rendue par des anonymes à la Fontaine des Innocents, au cœur de Paris, aux 150 morts «de la rue» au cours des six derniers mois.
Christine Boutin n’est pas à sa première posture originale au sein du gouvernement. Elle dispose d’un caractère bien affirmé et des postions tranchées comme lorsqu’elle s’oppose vigoureusement au PACS, à l’avortement ou à l’euthanasie. Et avant de devenir ministre de Nicolas Sarkozy, elle a été, sous la pression de la rue, la première à avoir déposé une proposition de loi instituant le «droit opposable au logement». Entre Christine et les associations de défense des SDF et pour le droit au logement sévit un vrai divorce. Tandis que la ministre préconise l’hébergement forcé des SDF comme solution pour les empêcher de mourir de froid, ces associations exigent que les pouvoirs publics puissent réquisitionner les dizaines de milliers de logements vides à Paris, solution que le gouvernement refuse catégoriquement. C’est ce contexte à la fois réceptif et tendu que Nicolas Sarkozy a choisi pour dévoiler sa grande politique du logement. Il le fera à travers un grand discours qu’il va prononcer ce vendredi dans la ville de Meaux (Seine-et-Marne) en compagnie de Christine Boutin et de Jean-François Copé, patron du groupe parlementaire UMP et qui se trouve être le maire de Meaux.

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