Christine Lagarde, ministre tête de Turc de la récession

Christine Lagarde, ministre tête de Turc de la récession

De cette atmosphère de grande crise qui oblige Nicolas Sarkozy à convoquer un mini-sommet européen et qui met l’ensemble de la classe politique française dans un fiévreux émoi, se dégage un profil d’une grande originalité, celui de la ministre de l’Economie, Christine Lagarde. La taille élancée d’une grande sportive aimant la plongée sous-marine, les cheveux précipitamment blanchis, le regard perçant d’une redoutable femme d’affaires, Christine Lagarde avait tous les ingrédients pour marquer sa différence au sein d’un casting gouvernemental qui ne manque pourtant pas de reliefs. Après avoir sévi dans le Commerce extérieur, l’Agriculture et la Pêche, Christine Lagarde prend les rênes de l’économie française.
Ses portraitistes rappellent régulièrement son remarquable passage au sein du grand cabinet d’avocats américain Baker and McKenzie et sa distinction par le «Wall Street Journal» comme la cinquième femme d’affaires européenne. De ce tropisme américain mâtiné par le culte du résultat, est né un volontarisme dont on retrouve les traces dans un discours prononcé le 10 juillet 2007 devant l’Assemblée nationale Que de détours pour dire une chose au fond si simple : il faut que le travail paye. Mais c’est une vieille habitude nationale : «la France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons pas fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant. Retroussons nos manches».
Aujourd’hui, ses performances et cette détermination volontaire semblent appartenir à une autre vie. Après avoir passé le plus clair de son temps à vendre l’idée de Nicolas Sarkozy d’installer un bouclier fiscal au risque de provoquer l’ire de l’opposition, Christine Lagarde semble camper le personnage souffre-douleur de la grande crise qui menace les fondations de l’économie française depuis que le prix du pétrole a été saisi de hausses vertigineuses.
D’ailleurs, c’est le pétrole qui a eu sur le caractère de Christine Lagarde cet effet révélateur. A tous ceux qui, désespérément, tendaient le cou vers la ministre de l’Economie pour avoir une ébauche de solution à cette crise , Christine Lagarde lance en direction des français , non comme une boutade mais comme une recette pratique, qu’ils n’avaient qu’à «oublier leurs véhicules au profit de leurs deux jambes et de leurs deux roues». Cette proposition a valu à Christine Lagarde d’occuper une place de choix dans le théâtre de la satire politique. Les gazettes rapportent, à profusion, les signes de mauvaise humeur présidentielle à son égard lui reprochant son manque de flair politique. Déjà sur plusieurs sujets comme l’éventuel abandon de l’impôt sur la fortune, Christine Lagarde a eu l’occasion d’être souvent corrigée avec tact par le Premier ministre, François Fillon, et rectifiée sans ménagement par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. De cette période, la presse a commencé à la comparer «à la grande sœur des riches» à se gausser des «Marie Chantaleries» de cette «bourgeoise mondialisée», le tout avec des surnoms d’une grand élégance comme «Christine La gourde» ou «Christine La gaffe». La gestion des conséquences de la crise américaine fut aussi l’occasion pour Christine Lagarde d’un douloureux calvaire. Sa communication se trouve prise au piège et à contre-courant du catastrophisme ambiant. Il fallait faire la synthèse entre la volonté de rassurer, prônée par Nicolas Sarkozy et la nécessité de dramatiser, adoptée par François Fillon. Le grand reproche que l’Elysée lui faisait est de ne pas savoir enrober ses annonces. D’où ce grand changement de stratégie qui donne l’impression, que face à cette tempête financière, Christine Lagarde, telle une autruche, plonge sa tête dans le sable. Résultat : Tandis qu’elle avait estimé que «Le gros risque systémique qui était craint par les places financières et qui les a amenées à beaucoup baisser au cours des derniers jours est derrière nous», et qu’il ne s’agit ni de la «crise du libéralisme ni du capitalisme», il fallait composer avec les postures tranchées du Premier ministre François Fillon lorsqu’il affirme : «nous sommes au bord du gouffre» par la faute du «capitalisme dévoyé».

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *