Chypre : Le statu quo

De l’avis même des deux protagonistes, les discussions amorcées depuis plusieurs mois quant à la réunification des deux parties de Chypre, grecque et turque, se sont achevées par un statu quo complet. Et ce malgré la récente visite, alors qualifiée d’encourageante, du secrétaire général de l’ONU afin de relancer le processus. Venu durant quelques jours à la mi-mai, Kofi Annan avait alors rencontré les deux dirigeants, le Chypriote-grec Glafcos Cléridès, et le Chypriote-turc Rauf Denktash. Tout en avouant que les avancées allaient être laborieuses, le secrétaire onusien avait toutefois exprimé quelque espoir. En vain. « Cette phase de négociations s’est terminée sans aucun résultat », a indiqué mardi une source chypriote-grecque proche des négociations. « Nous devons attendre et voir ce qui se passera après que de Soto ait informé le Conseil de sécurité », a-t-on ajouté, allusion faite au rapport que devra rendre l’envoyé spécial de l’ONU Alvaro de Soto, le 9 juillet prochain. Même si les deux parties sont unanimes sur un point : « nous ne nous attendons pas à grand chose ».
MM. Cléridès et Denktash ont pourtant tenté jusqu’aux dernières heures de l’ultimatum, mardi, de se mettre d’accord, avec une quarantième rencontre, en six mois de négociations, sur la question de la réunification de l’île qu’ils se partagent depuis 1974. « Il n’y aura pas d’avancée décisive comme nous l’espérions », avait déjà constaté lundi M. de Soto, superviseur des rencontres entre les deux dirigeants. « Nous sommes face à un casse-tête et je dois discuter avec le secrétaire général » de l’ONU, avait-il alors commenté.
Le casse-tête en question repose précisément sur le futur partage du pouvoir entre les deux communautés qui cohabitent sur l’île. M. Denktash souhaite la création d’une confédération de deux Etats indépendants l’un vis-à-vis de l’autre, alors que la partie grecque, appuyée par l’ONU, penche en faveur d’une Fédération entre deux provinces autonomes, régies par un gouvernement central. A cela, se sont ajoutées des rumeurs concernant un plan américain de sortie de crise d’ici décembre.
Une initiative dont la partie chypriote-grecque a affirmé « ne pas être au courant ». La radio publique a pourtant fait état de ce plan mardi, indiquant qu’il était surtout centré sur l’aspect sécuritaire et proposait notamment le maintien de quelque 20.000 soldats turcs sur l’île après un règlement. Chypre est divisée en deux secteurs, grec au sud, et turc au nord depuis l’intervention des troupes d’Ankara dans le nord en 1974, en riposte à un coup d’Etat d’ultra-nationalistes chypriotes-grecs qui voulaient rattacher l’île à la Grèce. Une «ligne verte» gardée par la Force de l’ONU chargée du maintien de la paix depuis 1964 fait fonction de frontière entre la République de Chypre (sud) reconnue par la communauté internationale, et la République turque de Chypre du Nord (RTCN), autoproclamée en 1983 et reconnue par un seul pays, la Turquie. Et leur réunification ne semble donc pas être à l’ordre du jour même si les deux parties ont convenu de se rencontrer, à nouveau, entre le 12 et le 16 juillet. Il faut dire que la solution devient très urgente étant donné que la partie grecque de l’île doit adhérer en 2004 à l’Union européenne. Même si la division persiste.

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