Clôture agitée à Johannesburg

Malgré de nombreuses interruptions et cris de protestation issus de la salle, Colin Powell n’a pas plié ce mercredi lorsqu’il a défendu la politique des Etats-Unis en matière d’environnement. Une mission pour le moins difficile pour le secrétaire d’Etat américain qui devait, en cinq minutes, montrer que son pays s’intéressait au développement durable. Malgré l’absence critiquée du président Bush et la petite délégation américaine conduite par le sous-secrétaire à l’énergie, Robert Card, durant ces dix jours. « Les Etats-Unis agissent pour répondre aux défis environnementaux, notamment le changement de climat », a notamment déclaré M. Powell devant une assistance composée de quelque 1.500 dirigeants et délégués, certains dubitatifs. La position de Washington, opposé à toute ratification du protocole de Kyoto de 1997, pourtant destiné à réduire l’émission des gaz à effet de serre, responsables du réchauffement de la planète, est en effet loin d’illustrer les propos du diplomate. Plusieurs militants de groupes américains et australiens de protection de l’environnement n’ont d’ailleurs pas manqué d’interpeller Colin Powell qui est resté calme dans ce chahut, le premier du genre en dix jours. « Nous savons que ce genre d’interruption n’est pas représentative d’un plus large sentiment de l’opinion, et qu’elle ne renvoie pas non plus au travail sérieux que nous réalisons ici », a par la suite expliqué son porte-parole Richard Boucher. M. Powell « a en fait été retardé aux rendez-vous qu’il avait par la suite à cause de toutes les personnes qui sont venues lui serrer la main et le féliciter alors qu’il quittait la salle », a-t-il ajouté.
Les principales organisations non gouvernementales représentées à Johannesburg avaient pour leur part décidé dès mercredi matin de quitter symboliquement le Sommet, qu’elles estiment à la solde des multinationales, pour aller manifester aux abords de la conférence.
« Ce sommet est un crime. Aujourd’hui, 6 milliards de personnes ont été trahies par les Etats du monde entier, qui se sont comportés comme s’ils étaient les employés des multinationales, dont les profits sont plus importants (pour eux) que les bénéfices des populations », a même déclaré Ricardo Navarro, président du groupe écologiste « Les amis de la Terre». « Pourquoi resterions-nous dans cette conférence, pourquoi ne lui tournerions pas le dos pour aller manifester dehors pour quelque chose de meilleur avec les gens des rues, qui ont été floué s? », s’est de son côté interrogé le sénateur Vert australien Bob Brown.
Dans un ultime marathon, les négociateurs ont quant à eux réussi à se mettre d’accord dans la nuit de mercredi sur les termes du plan d’action final, qui devait être présenté et adopté dans l’après-midi. Avec là encore, beaucoup de reproches concernant le double langage des Etats-Unis, qui ont gagné sur les dossiers les plus sensibles de Johannesburg.
Et beaucoup de critiques par rapport à la notion même du « développement durable » qui n’a pas donné lieu à un engagement fort du Sud comme du Nord pour un développement respectueux de l’environnement et des générations futures. Le plan d’action, fort de 65 pages et de 152 points, devait théoriquement concrétiser les quelque 2.500 recommandations prises il y a dix ans à Rio. Ce mercredi, la déception était pourtant générale parmi les milliers de représentants de la société civile qui n’y ont vu que deux résultats : la mise au point d’outils d’ici 2012 pour protéger les océans, et un meilleur accès à l’assainissement et à l’eau potable dans le monde d’ici 2015.

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