Conakry : l’embrasement

Déjà paralysée par un mouvement de grève générale, la Guinée s’est enfoncée encore plus dans sa crise lundi après des affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l’ordre. Alors que la communauté internationale appelait au dialogue, les protagonistes ont opté pour le bras de fer. Tout a commencé le 10 janvier par un mouvement de protestation orchestré par quelques syndicats qui voulaient dénoncer, entre autres, la corruption, la cherté de la vie et l’ingérence de certaines grosses pointures de l’échiquier politique guinéen notamment dans les affaires judiciaires. Au fil des jours, ce mouvement s’est progressivement radicalisé avant de tourner à la confrontation. Ce malaise social a ainsi atteint son paroxysme lundi lorsque les policiers ont tiré à balles réelles à Conakry et dans sa banlieue sur les manifestants, faisant 30 morts dont quatre enfants et 150 blessés, selon les derniers bilans. Plusieurs leaders syndicaux, dont les chefs des deux centrales à l’origine du mouvement, ont été arrêtés lundi soir par des membres de la garde présidentielle à Conakry.
Cette crise qui secoue la Guinée n’a pas laissé indifférentes les autorités marocaines qui, par la voix du ministère des Affaires étrangères a appelé lundi après-midi au calme et au dialogue. « Le Maroc formule le vif souhait que la sagesse prévaudra et que les hautes autorités de ce pays frère sauront privilégier les voies du dialogue et être à l’écoute des attentes légitimes du peuple guinéen en vue d’aboutir, dans les meilleurs délais, à l’apaisement de la situation interne, au bénéfice de la stabilité de ce pays frère et de la prospérité du peuple guinéen dans son ensemble », soulignait un communiqué du ministère. Pour sa part, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, a exhorté le gouvernement guinéen à ouvrir une enquête sur la mort des manifestants.
Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré, a, de son côté, condamné mardi « la répression des manifestations » en Guinée. Dans un communiqué publié mardi à Addis Abéba, le patron de l’UA s’est dit « particulièrement préoccupé par l’aggravation de la situation intervenue ces derniers jours ». Il condamne énergiquement « la répression des manifestations qui a entraîné la mort de plusieurs personnes et l’arrestation de nombreuses autres ».
Samedi dernier, le président Lansana Conté est sorti de son mutisme et a appelé, dans une adresse à la nation, l’armée et ses concitoyens à le soutenir. Le président guinéen (72 ans) qui est affaibli par la maladie (diabétique et cardiaque) et donné mourant par radio-trottoir, a affirmé dans son message radiotélévisé que c’est « Dieu qui donne le pouvoir »
Analystes et observateurs estiment que le régime de Conté est de plus en plus sujet à des critiques et que, par les temps qui courent, le pays est plongé dans un marasme économique. Le Sily guinéen se déprécie et les prix des denrées de première nécessité flambent dans ce pays ouest-africain de dix millions d’habitants qui, pourtant, possède presque la moitié des réserves mondiales de bauxite.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *