Cuba : un « nouveau Castro » attendu

Quelle que soit la date de son retour aux affaires, Fidel Castro devrait à l’avenir confier à d’autres l’épuisante gestion quotidienne du pays, en se consacrant à ses grandes orientations, estiment des analystes et de nombreux Cubains.
Par tempérament, Fidel Castro est sur tous les fronts depuis bientôt un demi-siècle, interpellant de manière quasipermanente la communauté internationale ou se préoccupant des appareils électro-ménagers des foyers cubains. Accompagnant son action de nuits sans sommeil et de discours fleuves.
Mais les Cubains interrogés estiment que «ça, il ne pourra plus le faire» après son plus grave accident de santé, une opération pour une hémorragie intestinale provoquée, selon lui, par "un stress extrême".
«Il doit prendre du recul, faire confiance à la jeune génération et s’en tenir à fixer le cap, sinon il ne tiendra pas physiquement», estime un quadragénaire cubain travaillant dans le milieu culturel, qui se définit comme un "fidéliste critique".
«Il se pourrait bien qu’on assiste à la naissance à Cuba de ce que partout ailleurs on appelle un gouvernement», a commenté pour sa part un diplomate occidental, selon qui Fidel Castro a payé de sa santé "l’incroyable personnalisation du pouvoir" qu’il exerce.
À 80 ans, sa convalescence s’annonce longue et encore risquée, a indiqué le chef de l’Etat dans son message dimanche qui accompagnait, pour son anniversaire, ses premières images depuis l’opération.
«Fidel Castro n’a jamais vraiment délégué quoi que ce soit, il faut qu’il mette la main à la pâte jusque dans les moindres détails et il a ainsi bloqué l’émergence de beaucoup de talents», a estimé un autre diplomate, selon qui l’équipe qu’il a désignée pour s’occuper des grands programmes prioritaires est dans une situation difficile.
«Ou ils s’affirment, ou ils attendent son retour. Et s’ils s’affirment, ils risquent de lui déplaire, mais s’ils ne font rien, ce sera pire», a-t-il ajouté.
Pilier de l’interim, son frère Raul Castro, 75 ans, numéro deux du régime, a la réputation d’être orthodoxe dans le domaine idéologique, mais plus volontiers pragmatique et bon organisateur dès lors qu’il s’agit des affaires économiques. L’armée qu’il dirige en tant que ministre de la Défense a déjà pris une part considérable dans les principaux secteurs du pays, notamment le tourisme.
Carlos Lage, un des vice-présidents cubains, qui s’est vu confier la gestion des ressources pour les grands programmes, est l’artisan des timides réformes économiques sur lesquelles Fidel Castro était revenu ces deux dernières années.
«Dans tous les cas, cette fois, il a dû écouter ses médecins et il devra continuer à le faire pendant longtemps», a estimé ce diplomate occidental.
Mais, Cubains comme étrangers, personne ne doute dans le même temps que le "nouveau Castro" aura du mal à se défaire de ses habitudes.
«Fidel, même à son âge, je ne l’imagine pas en retraité», dit en plaisantant un Cubain, membre du PC depuis plus de trois décennies.
«Fidel en "vieux sage" ? Observant sans rien dire une évolution de Cuba à laquelle il ne participerait pas directement ? Cela va être vraiment dur pour lui. Fidel, il restera un guérillero jusqu’au bout», a estimé un diplomate africain, convaincu que le chef de l’Etat ne résistera pas à l’idée d’une apparition au Sommet des Non-alignés en septembre, "même si ses médecins lui disent de rester au lit".

Patrick Lescot
(AFP)

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