De la burqa à l’uniforme

Cinq années, c’est le temps qu’il aura fallu pour que les femmes afghanes soient enfin autorisées à sortir de chez elles et à quitter cette longue tunique qui les recouvrait entièrement, comme des parias. D’ailleurs, si certaines d’entre elles hésitent encore à retirer leur fameuse burqa, d’autres n’ont pas attendu pour se dévoiler au grand jour. Foulard au motif panthère, ongles vernis bleu, regard souligné au khôl, Salaha Hamidi en fait partie.
Elle suit depuis quelques temps à l’aéroport de Kaboul, des cours pour « rafraîchir sa mémoire ». Elle révise son anglais, les procédures d’urgence et les premiers secours à apporter. Sahala était, avant l’arrivée de Taliban en 1996, hôtesse de l’air. « J’avais toujours rêvé d’être hôtesse, je voulais voir le monde », explique-t-elle. Rappelée au travail par la radio après le départ des mollahs en novembre dernier, cette jeune femme de 29 ans n’a pas hésité une seconde. « C’était un tel bonheur, intense, intimidant… De toute façon, on était meilleures au service que les hommes ». Ariana, la compagnie aérienne afghane, a récemment lancé un appel à candidature pour 30 à 40 nouvelles hôtesses, afin de revenir aux effectifs « d’avant ». Une époque où les hommes n’étaient qu’une vingtaine alors que leur nombre a doublé sous le régime islamiste. «Avec leur longue barbe, nos stewards offraient une image trop bizarre quand ils faisaient escale à Dubaï ou Djeddah », raconte Mohamed Fedawi, responsable technique de la société.
Aujourd’hui, les volontaires féminines ne manquent pas : elles sont quelque 130 à s’être présentées ces derniers jours pour tenter de décrocher un poste. Motivées, ces femmes le sont. Mais avant de renouveler son équipage, la compagnie nationale va devoir trouver des avions. Sur les neuf qu’elle possédait, seul un Boeing 727 et un Antonov 24, ont en effet survécu aux bombardements américains. Sans compter sur le fait qu’Ariana n’est pour l’instant autorisée qu’à survoler l’intérieur de l’Afghanistan, depuis les sanctions de l’ONU contre les Taliban en octobre 1999. Alors la société attend patiemment un geste de la communauté internationale.
Mais peu importe, Sahala, comme tant d’autres femmes, a déjà su attendre – bien trop – longtemps. Elle a d’ailleurs déjà gagné son premier pari, celui de sortir de la privation et de l’humiliation que lui imposait le port de sa burqa. Une tenue que plusieurs mouvements de femmes afghanes n’hésitent plus à qualifier « d’anti-islamique et de symbole du régime passé » des Taliban.

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