De la Rua chassé par la classe moyenne

Ce tour de force, Fernando De la Rua l’avait réussi en ne demandant que des sacrifices et des économies à des Argentins lassés par les «affaires» qui collaient aux dirigeants sortants du Parti Justicialiste (PJ). L’annonce de la démission de Fernando de la Rua a immédiatement suscité des manifestations de joie dans les rues de la capitale et la Bourse de Buenos Aires a terminé sur une hausse de 17%. Incidents et affrontements se sont cependant poursuivis jusqu’en milieu de soirée. Le président du Sénat Ramon Puerta, premier personnage de l’Etat dans la ligne de succession présidentielle, assumera l’intérim de la présidence «pour 48 heures à partir de l’acceptation de la démission» de Fernando de la Rua par l’Assemblée législative. Le cabinet ministériel reste en place durant ce laps de temps pour qu’il n’y ait pas «de vide du pouvoir». A l’issue du terme de deux jours, l’Argentine devait connaître le nom du successeur du président de la Rua, qui devait être élu par le Parlement argentin réuni en Congrès vendredi. Fernando de la Rua laisse donc un pays en proie à de violentes émeutes sociales et au bord de la faillite. La dette publique se monte à 132 milliards de dollars et pour les agences de notation financière, le pays est en défaut de paiement. Chaque jour, plus de 2.000 argentins passent sous le seuil de pauvreté, qui touche près du tiers de la population. En deux ans, le taux de chômage est passé de moins de 15 % à quelque 20%. C’est dans ce contexte que le président de la Rua a tenté d’imposer une nouvelle cure d’austérité sous la pression du Fonds monétaire international. Au programme du projet de budget 2002, remis lundi soir au Congrès, il y avait une baisse des dépenses de 18,8% pour viser le «déficit zéro» auquel s’est engagée l’Argentine dans ses accords avec le FMI. Le pouvoir argentin s’est en fait coupé de son électorat de base : les classes moyennes et les fonctionnaires dont il a baissé les salaires de 13%. Et c’est justement cette classe moyenne, mise à mal par ces mesures drastiques, qui voit son statut empirer. Pour ne pas dire réduit à néant. Elle est lasse du président qui, en 1999, avait fait de son manque de charisme un thème de campagne, promettant de gouverner sans le faste et les paillettes de son prédécesseur Carlos Menem, surnommé le «président Hollywood». Celui qui avait promis de poursuivre les réformes économiques tout en luttant contre la corruption et la mafia aura échoué à enrayer l’aggravation de la crise et l’appauvrissement de la population. Ce personnage effacé de la politique laisse un pays au bord de la faillite économique, qui voit augmenter chaque jour sa population de nouveaux pauvres qui ont payé de 21 morts leur révolte.

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